Kassaman binnazilat ilmahiqat..." le plus noir des crimes est celui qui consiste à obscurcir la conscience politique et d’égarer tout un peuple" d'Emile ZOLA

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Le nom de ce blog est sans doute évocateur de notre "nachid el watani" tant décrié par le passé parce que, associé au pouvoir Algérien illégitime. Après des décennies de disettes. Je voudrais faire de cet espace, un coin où tous mes compatriotes et autres amoureux de libertés, de démocratie, ou tout simplement d'histoire pourraient s'exprimer librement. En ce sens, nous vous souhaitons la bienvenue. En hommage à Nacer Hachiche, repose en paix et à bientôt ! Pour garder le contact avec notre chère patrie : http://www.alger-presse.com/index.php/presse-fr


Professeur Bachir Taouli : Alger-Paris-New York

Publié par The Algerian Speaker sur 27 Octobre 2015, 16:17pm

Catégories : #CHABIBATE ALFINE (Nouvelle géneration)

Professeur Bachir Taouli : Alger-Paris-New York

Quand il était interne de pédiatrie à Alger, celui que l’on rangerait aujourd’hui dans les « warriors de garde » ne se doutait pas qu’il deviendrait un jour professeur de radiologie à New York, au célèbre Mount Sinaï Hospital. Bachir Taouli, ancien interne des hôpitaux de Paris, pionnier de l’IRM de diffusion et médecin passionné, revient sur un parcours international fait de rencontres, de travail et de hasard, et pose un œil clairvoyant sur les nombreux systèmes de santé qu’il a côtoyés.

Pr Bachir Taouli, interview d’un Professeur International de radiologie.

WUD Pr Taouli, est-ce que votre parcours atypique est né d’une vocation précoce ?

BT Absolument pas. Bachelier à 16 ans, même avec des médecins dans sa famille, on ne sait pas vraiment ce qu’on a envie de faire… J’aimais bien la physique de la matière, ce qui a peut-être joué indirectement dans ma « seconde » orientation médicale, l’imagerie.

WUD Pourquoi « seconde » ??

BT Parce que j’étais sacrément bien embarqué pour devenir pédiatre ! Pendant mes études à Alger, il faut imaginer que les stages en imagerie n’existaient pas, la radio c’était très… « lointain ». Une fois l’internat passé, j’adorais le côté très varié de la pédiatrie, et je me suis lancé dans quatre rudes années d’internat : oncologie pédiatrique, néonat’, en étant de garde un jour sur trois… embarqué dans ce tourbillon clinique qui vous passionne, qui vous apprend en permanence tout en vous maintenant captif. Mais toujours sans aucun contact direct avec l’imagerie – d’autant qu’obtenir un scanner était presque aussi compliqué que gérer le manque de moyens, comme les ruptures fréquentes de médicaments

–. WUD Si les moyens étaient si peu développés, comment avez-vous alors bifurqué vers la radiologie ?

BT La révélation a eu lieu pendant mon dernier semestre. Des radiopédiatres français sont venus nous faire une semaine de cours, et nous ont initiés à plein de techniques : échographie, cystographie… ça devenait réel, je découvrais des outils géniaux mis à portée de main, fasciné de voir qu’on pouvait contourner les impasses diagnostiques frustrantes que je subissais en tant que clinicien. Voir à l’intérieur du corps, c’était de la science-fiction, presque de la magie ! J’ai sympathisé avec l’un d’eux, et j’ai décidé de venir me former en France.

WUD Avec l’ambition de vous former pour importer ensuite les techniques, ou d’ores et déjà avec l’arrière-pensée d’une carrière internationale ?

BT C’est plus complexe que cela, car l’époque n’était pas heureuse en Algérie. C’est aussi à cause des troubles politiques que je suis parti. Mais même si j’avais déjà 27-28 ans, c’était décidé, j’allais devenir radiologue, et après 12 mois de radiologie et radio- pédiatrie en tant que FFI, j’ai repassé le concours du PCEM et passé l’internat, puis je me suis inscrit au DES de radiologie, à Paris.

WUD Comment s’est passée votre arrivée en France ?

BT À la hauteur de la réputation parisienne ! On ne vous donne pas le manuel, et on ne vous parle pas beaucoup : à vous de vous débrouiller. C’est normal de s’adapter, et une fois qu’on a compris le logiciel, on adore vivre et étudier à Paris. Mais à ce jeu-là, il faut reconnaître que l’Amérique est beaucoup plus accueillante.

WUD Votre carrière aux US, un rêve ou un hasard ?

BT Pendant mes études et mon internat, j’avais un peu commencé à travailler les équivalences américaines. Mais plus pour le côté « rêve », je n’avais aucune idée de ce que c’était vraiment. Parti à San Francisco faire de la recherche, je devais revenir à Paris pour des ambitions hospitalouniversitaires, donc un parcours classique. Mais après un an, on me propose un poste de Clinical Fellow, je gagne à la loterie ma green card et j’ai le coup de foudre pour ma future femme !

WUD Vous avez connu trois systèmes hospitaliers, quels sont leurs défauts respectifs ?

BT En Algérie, le système était utopique : tout était gratuit. Médecine gratuite, on ne comptait rien, et même si c’est une belle idée au départ, c’est intenable à gérer. En France, si je parle de l’AP-HP, c’est un système très centralisé qui s’essouffle. Et ça semble devenu pire que pendant mon internat ! L’an passé, j’ai été professeur invité, et j’ai été sidéré de voir que c’était impossible d’obtenir des choses élémentaires comme le wifi… tout est compliqué, lourd, et les praticiens se battent pour bypasser en permanence le système. Impensable sur un campus US. Pire que tout, ça ne saute plus aux yeux des gens que ce sont des manquements évidents.

WUD Mais il nous reste bien quelques qualités ?

BT Oui, puisque le système français est plus performant, en termes de longévité, de qualité des soins, et de relations humaines. Aux USA, le côté « rendement » de l’hôpital même s’il rend la gestion plus efficace a des inconvénients multiples, en laissant une population sans accès aux soins avancés. L’hôpital ne tourne que pour gagner de l’argent – qui certes vous apporte l’organisation, la performance, donc des conditions de travail incomparables – mais l’argent vous retire votre liberté de diagnosticien. Même si vous avez un matériel « state of the art », on ne peut faire que ce que permet l’assurance des gens, rien de plus.

WUD Justement, l’ObamaCare est censée doter tout le monde d’une assurance ; comment cela a-t-il été vécu, tant par la population que par les médecins aux US ?

BT Pour la population, après une période d’adaptation et un temps de réglage initial dû au fait que c’était trop compliqué, les gens sont globalement très contents. Il y a encore des irréductibles qui refusent de prendre une assurance, et qui du coup se prennent des amendes… Pour l’hôpital, cela veut dire plus de patients, car les assurances ont plus de monde… mais remboursent moins. Donc on peut résumer ça comme ça : « il faut faire 30 scanners pour le prix de 20, donc travailler encore plus, pour moins ! ».

WUD En France, le management à l’américaine fait rêver : qu’est ce qui est de l’ordre du fantasme versus ce qui est vraiment positif ?

BT La facilité est une réalité. Et les budgets sont absolument énormes, à la taille des départements, imaginez, 60 à 100 radiologues… c’est considérable, et surtout, cet argent restera propre à son département : il restera aux mains des gens de terrain s’il y a des bénéfices, au lieu de s’évaporer on ne sait où. Même chose pour les postes : un doyen français a des postes « flottants », qui peuvent retomber dans un pool de spécialités, alors qu’ici, en 3 semaines, on peut créer un poste si on le souhaite. L’investissement humain et matériel d’une équipe appartient à l’équipe et personne n’a son mot à dire.

WUD Et c’est un moyen de rendre l’exercice clinique attractif ?

BT Bien sûr, on peut nommer les gens plus vite, et au-delà de ça, il y a la recherche ! Tout le monde y gagne. Dans ma structure, si un chercheur perçoit 1 dollar de fond du NIH, l’université percevra automatiquement 69 cents en plus (à New York, le taux varie selon les États et les universités). Sans que cela soit amputé sur le budget du chercheur. Idem avec les financements de l’industrie et l’activité clinique, le doyen touche à chaque fois sa part, ce qui fait que c’est très encourageant, on vous adore en tant que chercheur… et cela vous donne d’ailleurs du pouvoir.

WUD En mettant en avant vos compétences de fundraiser ??

BT Non. Avant tout parce que quand vous recevez un financement, il est nominatif. Il vous appartient. Donc personne n’ayant envie de vous voir partir avec dans une autre université, ça vous donne des leviers ! WUD En France, les 3 missions de PU-PH – « soins, enseignement et recherche » –, c’est assez souvent « sur le tard, tout en même temps et si possible soirs et week-ends ».

Comment se passe la vie d’un hospitalo-universitaire aux USA ?

BT C’est simple. Le pourcentage de temps passé à faire de la recherche est réglé sur le pourcentage amené au budget global par les fonds de recherche. Mais attention on travaille énormément aussi, sauf que c’est plus réparti : dans mon cas, ma semaine c’est 2 jours d’exercice clinique et le reste du temps est consacré à la recherche. Pour d’autres spécialités, ça sera une alternance de l’ordre de plusieurs mois, ce qui est agréable, car ça permet véritablement de couper et de se consacrer pleinement à l’un où à l’autre.

WUD À vous écouter, on imagine mal vous voir vous fixer dans quelque chose, alors même que la radiologie a une réputation de stabilité, voire de tranquillité…

Qu’est ce qui vous plaît le plus finalement ?

BT Bien au contraire, la radio est en évolution permanente ! Un vrai challenge. Là en revanche, il y à un peu de « vocation ». Quand j’étais au collège, un professeur m’a montré une cellule en microscopie électronique, en me présentant, un à un, les organites. Une vraie claque. De voir que ce que j’avais appris, à savoir « cytoplasme + noyau », était totalement dépassé. C’est ce que j’enseigne à mes étudiants ; ce que vous apprendrez par cœur sera faux dans deux ans, alors ne retenez pas l’information. Retenez comment la digérer et soyez critiques. C’est particulièrement vrai en radiologie. Et là, alors que notre conversation via Skype touche à sa fin, mon interlocuteur qui jusqu’ici parlait sans discontinuer, marque une pause, sourit… et avoue, autant gêné qu’amusé :

BT Et surtout ne faites pas comme moi ! Revenez ! Je ne suis pas du tout un bon exemple !

CURRICULUM VITAE

Naissance à la fin des années 60, à Tlemcen en Algerie post-indépendante.

1982 • Bachelier à 16 ans 1994 • FFI à paris

1995-2000 • DES de radiologie en Île-de-France

2000 • Thèse de médecine et DES sur les TIPMP

2000 • Post-Doctoral Fellowship à UCSF

2003 • Rejoint l’équipe de la New York University spécialisée dans l’IRM

2009 • Professeur de radiologie au Mount Sinaï à New York

PUBLICATIONS ET OUVRAGES

• Intraductal papillary mucinous tumors of the pancreas: helical CT with histopathologic correlation. Taouli B. et al, Radiology, 2000

• Extra-Cranial Applications of Diffusion-Weighted MRI, Cambridge University Press, 2010

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