Kassaman binnazilat ilmahiqat..." le plus noir des crimes est celui qui consiste à obscurcir la conscience politique et d’égarer tout un peuple" d'Emile ZOLA

Kassaman binnazilat ilmahiqat..." le plus noir des crimes est celui qui consiste à obscurcir la conscience politique et d’égarer tout un peuple" d'Emile ZOLA

Le nom de ce blog est sans doute évocateur de notre "nachid el watani" tant décrié par le passé parce que, associé au pouvoir Algérien illégitime. Après des décennies de disettes. Je voudrais faire de cet espace, un coin où tous mes compatriotes et autres amoureux de libertés, de démocratie, ou tout simplement d'histoire pourraient s'exprimer librement. En ce sens, nous vous souhaitons la bienvenue. En hommage à Nacer Hachiche, repose en paix et à bientôt ! Pour garder le contact avec notre chère patrie : http://www.alger-presse.com/index.php/presse-fr


Fin de partie ? Par Brahim Senouci

Publié par The Algerian Speaker sur 10 Décembre 2015, 21:52pm

Fin de  partie ? Par Brahim Senouci

Il y a dans l’air une atmosphère de fin de règne. Un tabou a été brutalement levé. Il s’agit de la loi du silence qui régnait dans les cercles du pouvoir. La guerre entre les clans n’a jamais cessé mais elle était jusqu’alors feutrée et ses échos n’arrivaient pas aux oreilles de la population. Celle-ci était réduite à supputer, à recevoir et à propager la rumeur. Fellag raconte une vieille anecdote datant de l’ère de Boumediene. L’expression, comme chacun sait, était alors étroitement verrouillée. «L’Unique», comme l’usage désignait la télévision nationale, diffusait beaucoup de documentaires animaliers. C’est ainsi qu’un soir, nous eûmes droit à un excellent film sur les éléphants. La fin était particulièrement émouvante. On y voyait le doyen du troupeau se détacher du groupe et se diriger à pas lents vers un lieu abrité des regards, s’y étendre et attendre que la mort vienne le prendre, instant que la caméra, immobile, a pu saisir. Le lendemain, il n’était plus question que de la nouvelle que venait d’annoncer en termes cryptés notre télévision nationale : la mort de Boumediene!

Aujourd’hui, en revanche, le déballage est public. Des généraux sont jetés en prison, décision bruyamment contestée par certains de leurs pairs, appuyée par d’autres. Est-ce une faillite des services de renseignement qui a été sanctionnée ou des représailles opérées par un clan contre un autre, ce qui laisse penser que des institutions républicaines peuvent être mises au service d’intérêts privés, illégaux sans aucun doute? Nous n’en savons rien. Il est cependant légitime de s’interroger sur le choix du moment pour prendre le risque d’ébranler sérieusement les institutions dont l’Algérie s’est dotée pour essayer de se prémunir contre les risques mortels dont est grosse cette dérive.

Pendant ce temps, le Président, grand absent, se soigne à Grenoble. On s’étripe, au sens propre, à l’Assemblée Populaire Nationale à propos d’une loi de Finances qui annonce un grand tournant vers l’austérité. Cette loi est finalement votée. C’est peu de dire qu’elle est contestée par la population. Il est remarquable de noter que ce n’est pas tant son contenu qui pose problème. Au fond d’eux-mêmes, tous les Algériens reconnaissent que les subventions aux produits de première nécessité, l’ANSEJ, la (médiocre) médecine gratuite, les aides au logement…, ne sont pas le fruit d’une politique socialiste voulue par des gouvernements attentifs au bien-être de la population mais simplement de faibles retombées du niveau alors élevé des prix des hydrocarbures. Les Algériens savent également que ces retombées sont négligeables par rapport aux sommes colossales empochées par des intermédiaires véreux à l’ombre du système. Leur colère vient précisément du fait que cette politique d’austérité est imposée par l’équipe responsable de l’implantation d’un tel système, celui qui a présidé à la ruine du pays. Comment les ouvriers, les chômeurs, les déclassés sociaux, voire même l’embryon de classe moyenne, pourraient-ils accepter cette misère annoncée quand les gazettes alignent les affaires relatant les détournements de milliards d’euros, sous la protection bienveillante de ce régime prétendument «converti» à l’économie vertueuse?

Ce n’est pas tout. La scène internationale regorge de signes inquiétants. La mondialisation du terrorisme n’est plus une vue de l’esprit. L’Algérie est une proie tentante. Il y a aussi le différend avec le Maroc qui menace de basculer dans une guerre ouverte. Le roi Mohamed VI vient d’envoyer des troupes d’infanterie pour appuyer au sol l’offensive de l’Arabie Saoudite, du Qatar et des Emirats Arabes Unis contre les houthis du Yémen. On peut lire dans cette initiative un signe fort de l’intégration du Maroc dans la coalition qui, tout en bombardant Daech, ne perd pas de vue l’ennemi principal selon elle (allié de circonstance pour l’heure), l’alliance entre le chiisme libano-iranien, le nouvel Empire Russe et l’ébauche d’un monde arabe libéré des pesanteurs sociologiques habillées de considérations religieuses hors d’âge. L’absence de l’Algérie comme acteur dans cette redistribution des cartes est inquiétante…

Résumons-nous. Les forces centrifuges n’ont jamais été aussi nombreuses, aussi cohérentes. Elles sont sociales, culturelles, psychologiques. L’Algérie a vécu une tragédie terrible qui s’est soldée par la mort de plusieurs dizaines de milliers de nos concitoyens, au début des années 90. Une amnistie sans conditions est venue clore ce chapitre sanglant. Le traumatisme n’a pas disparu pour autant. Il est présent, en surplomb, invisible. C’est lui qui dicte à notre peuple l’immobilisme dans lequel il se cantonne, croyant ainsi éloigner le spectre du retour de la tragédie. Erreur funeste : il y a toujours un retour du refoulé, et il se fait dans la violence.

Le pire cependant n’est pas toujours sûr. Il y a une lecture positive de cette crise. Une pédagogie intelligente pourrait en faire l’occasion pour notre société d’accéder enfin à la maturité politique, de dominer le prurit de violence qui la taraude et permettre l’ouverture d’un débat fécond, sans tabou, sur la place de la religion, la culture, l’éducation, l’identité, la Nation, toutes choses qui ont fait l’objet d’un déni bruyant jusque-là. Nous avons besoin de débattre pour nous constituer en communauté cohérente apte à produire elle-même les conditions de son épanouissement et l’élan vers le progrès. Le système actuel peut rendre un dernier service à ce pays. Cela ne rachèterait pas sa faute de l’avoir réduit à cet état de grand corps malade mais en atténuerait la portée. Ce service consisterait à initier, avec l’opposition actuelle, les intellectuels, les associations, un processus difficile de sortie de crise en bon ordre, processus de nature à permettre l’émergence d’une nouvelle classe politique, de nouveaux acteurs sociaux, à même de débarrasser notre peuple des liens qui entravent son élan vers le futur. A défaut, le Grand Moloch peut se préparer à se rassasier des innocents dont il fera son festin…

B

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