Kassaman binnazilat ilmahiqat..." le plus noir des crimes est celui qui consiste à obscurcir la conscience politique et d’égarer tout un peuple" d'Emile ZOLA

Kassaman binnazilat ilmahiqat..." le plus noir des crimes est celui qui consiste à obscurcir la conscience politique et d’égarer tout un peuple" d'Emile ZOLA

Le nom de ce blog est sans doute évocateur de notre "nachid el watani" tant décrié par le passé parce que, associé au pouvoir Algérien illégitime. Après des décennies de disettes. Je voudrais faire de cet espace, un coin où tous mes compatriotes et autres amoureux de libertés, de démocratie, ou tout simplement d'histoire pourraient s'exprimer librement. En ce sens, nous vous souhaitons la bienvenue. En hommage à Nacer Hachiche, repose en paix et à bientôt ! Pour garder le contact avec notre chère patrie : http://www.alger-presse.com/index.php/presse-fr


LE SYNDROME ANOMIQUE (1ère partie) par Brahim Zeddour

Publié par The Algerian Speaker sur 4 Décembre 2015, 13:07pm

Catégories : #DEBATS A BATONS ROMPUS(hiwar bila houdoud)

Les Algériens sont tourmentés par la question de la déliquescence de l’Etat. Mais ce qui fait le plus peur, c’est de voir l’Etat, dans sa chute, entraîner l’éclatement de la société. Photo : DR
Les Algériens sont tourmentés par la question de la déliquescence de l’Etat. Mais ce qui fait le plus peur, c’est de voir l’Etat, dans sa chute, entraîner l’éclatement de la société. Photo : DR

La grande peur

Un vent de panique souffle sur l’Algérie. De plus en plus, le pays semble traversé par de fortes sensations d’angoisse et de désespoir. Une pensée apocalyptique annonce la fin de quelque chose que personne n’arrive à cerner avec précision.

L’heure n’est plus à la sérénité, l’actualité est effrayante, et «prétendre se faufiler sans dommages entre cette horreur et cette férocité est une imposture» (Gabriel Matzneff). Tant d’épreuves ne cessent d’aggraver la détérioration de la situation qui présente de plus en plus des risques considérables.

Les Algériens sont tourmentés par la question de la déliquescence de l’Etat. Mais ce qui fait le plus peur, c’est de voir l’Etat, dans sa chute, entraîner l’éclatement de la société. Ces inquiétudes sont fondées et loin de toute forme d’ésotérisme, beaucoup d’analyses convergent vers cette conclusion.

La raison est évidente. Edmund Burke l’a énoncée en postulat diversement vérifiable : «Un Etat qui n’a pas les moyens d’assurer les changements, n’a pas non plus les moyens de sa propre conservation». Tout le monde a pu se rendre compte que le pouvoir en Algérie a fini par dévoiler sa décadence congénitale, il n’a jamais su, pu ni voulu opérer les transformations souhaitables pour réaliser un saut qualitatif vers un nouvel ordre politique, économique et social. Ce qui a conduit à assombrir davantage les perspectives d’une population de plus en plus désabusée et de plus en plus désemparée.

Incapacité de l’Etat

Les Algériens prennent péniblement conscience que l’incapacité de l’Etat à mener les changements nécessaires a eu comme conséquence l’apparition d’un péril intérieur, que l’on pourrait appeler, dans les circonstances présentes, le syndrome anomique. Tous les dysfonctionnements que nous subissons ne sont, en réalité, que les symptômes d’une véritable anomie, c’est-à-dire cet état de dégénérescence de la société dû à la disparition progressive et parfois même à l’absence totale de normes et de valeurs. Amartya Sen, Prix Nobel d’économie 1998, qui considère le développement comme un processus d’élargissement du choix des gens et non comme une simple augmentation du revenu national, a signalé les risques d’une pareille situation : «Le public ne doit pas se considérer simplement comme patient, mais aussi comme un agent de changement. La sanction de l’inaction et de l’apathie peut être la maladie et la mort.»

Un pouvoir exercé sans finalité constructive est foncièrement destructurant, il a fini par plonger le pays dans l’inertie, dans l’épuisement des énergies et la destruction des ressources, où l’Etat se singularise par son incapacité à veiller à la préservation de la société. Une tragique réalité qu’on peut aisément constater à travers les conséquences désastreuses de l’exercice du pouvoir sur les comportements humains et les mutations sociales.

Renversement de l’échelle des valeurs

Aujourd’hui, si on devait écrire l’histoire de cette aventure, ce serait faire le bilan d’un développement avorté avec son cortège de situations chaotiques.

Un signe évident de fin des temps est manifestement cette médiocratie, qui rappelle curieusement le régime de la pornocratie pontificale durant les périodes sombres du Vatican, où la papauté était faite et défaite au gré des intrigues des courtisanes.

La médiocratie s’est cloisonnée derrière des hommes et des méthodes de gouverner où les critères de recrutement et de promotion, fondés exclusivement sur la passion obsessionnelle de la servitude, ne permettaient que la montée de générations spontanées et incultes, dont les zozotements ne font plus rire personne. Instinctivement, on n’a pas manqué d’opérer un renversement de l’échelle des valeurs pour bannir le mérite et l’excellence et traquer tous les éléments valables. Karl Popper l’explique : «Mais le secret de la supériorité intellectuelle étant l’esprit critique, l’indépendance d’esprit, il en résulte des difficultés insurmontables pour toute forme d’autoritarisme, car l’autoritariste choisit en général des êtres dociles et malléables et, par conséquent, des médiocres. Il ne peut admettre que ceux qui ont le courage intellectuel de contester son pouvoir puissent être les meilleurs.»

Un scénario catastrophe

Sur le plan international, l’Algérie ne parait que l’ombre d’elle-même, sans aucune vision stratégique dans un monde en plein bouleversement. Hormis le grenouillage de la diplomatie des bons offices, le pouvoir se contente d’un strapontin, tout juste pour avoir droit aux photos-souvenirs lors des rencontres internationales.

Après un demi-siècle d’indépendance, l’idéal révolutionnaire ne semble pas avoir survécu. Une classe d’affairistes a réussi à conquérir le pouvoir économique, par le simple et unique fait qu’elle a appris à se tenir à proximité du régime, avec un accès permanent aux dossiers et aux centres décisionnels. Sa fortune, elle la doit aux avantages et privilèges dont elle bénéficie dans le commerce extérieur, les marchés publics et les crédits bancaires. Comme l’appétit vient en mangeant, cette classe d’affairistes est tentée par la conquête du pouvoir politique, car, de par sa proximité, elle n’a pas manqué de constater le degré déliquescence des institutions. Ce qui aiguise davantage ses ambitions, ce sont les sombres perspectives financières du pays qui vont aggraver les fractures sociales, les riches seront plus riches et les pauvres plus pauvres. Autant de signes qui augurent d’une grande période de troubles et de nouveau, l’armée devra encore jouer à la force d’interposition entre le peuple et le pouvoir. Mais ce qui est le plus à craindre de ces affairistes, si toutefois ils parviennent à réaliser leur dessein, c’est qu’ils n’hésiteront pas à livrer le pays, pour une poignée de dollars, aux forces démoniaques qui propagent dans le monde la stratégie du chaos orchestré.

Il est clair que le pays se trouve démuni de tous les moyens, même les plus rudimentaires, à sortir de ce marasme qui l’étreint. Il faut convenir que l’Algérie est confrontée à un tragique rétrécissement du champ des possibles et qu’elle n’a plus les moyens de sa politique, ni même la politique de ses moyens. Sans doute que le pays est l’otage de ceux qui, après une longue pratique predator, sont aujourd’hui tentés par la solution terminator. C’est ce qu’on appelle, au jeu d’échecs, se mettre en Zeitnot, (de l’allemand Zeit : temps et Not : pénurie, détresse, urgence). Cette situation, où le joueur ne dispose que peu de temps pour jouer beaucoup de coups, crée une tension de nature à entraîner des décisions hâtives et des coups approximatifs, voire funestes.

Ainsi se profilent les contours effrayants d’un scénario catastrophe, qui ne relève plus de la science fiction, mais bien plutôt de la collapsologie, c’est-à-dire de l’étude transdisciplinaire des conséquences de l’effondrement. Samuel Beckett donne une image de ce monde effroyable «où rien ne peut-être pris ni donné et où il n’y a aucune possibilité de changement ou d’échange

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