Kassaman binnazilat ilmahiqat..." le plus noir des crimes est celui qui consiste à obscurcir la conscience politique et d’égarer tout un peuple" d'Emile ZOLA

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Le nom de ce blog est sans doute évocateur de notre "nachid el watani" tant décrié par le passé parce que, associé au pouvoir Algérien illégitime. Après des décennies de disettes. Je voudrais faire de cet espace, un coin où tous mes compatriotes et autres amoureux de libertés, de démocratie, ou tout simplement d'histoire pourraient s'exprimer librement. En ce sens, nous vous souhaitons la bienvenue. En hommage à Nacer Hachiche, repose en paix et à bientôt ! Pour garder le contact avec notre chère patrie : http://www.alger-presse.com/index.php/presse-fr


Quand meurent les «historiques», l’histoire devient bien-vacant par Kamel DAOUD

Publié par The Algerian Speaker sur 30 Décembre 2015, 14:13pm

Quand meurent les «historiques», l’histoire devient bien-vacant par Kamel DAOUD

L’enterrement et les condoléances pour Aït Ahmed font l’unanimité. Et même le régime, en dépit de sa longue tradition de dénis, disgrâces, trahisons et fourberies assassines, a salué l’homme, son destin, son symbole et son parcours. Assis au fond de la tasse de café national, on peut légitimement se demander qu’est-ce que la dictature molle trouve à ce mort illustre ce qu’elle ne lui a jamais trouvé vivant? Un ami interrogea même sur les intentions (toujours) du pouvoir qui, aujourd’hui, récupère la dépouille et veut en faire un salut et un hommage vibrant. Pourquoi? Réponse multiple : d’abord parce qu’on ne peut pas se permettre d’accentuer encore les divisions et les régionalismes qui ont déjà sali l’épopée de la guerre de libération. Certains jouent le jeu de l’union nationale transcendante qui fera oublier les printemps berbères et leurs bilans de tués. Parce que le régime a toujours ce sentiment d’infériorité de celui qui a rejoint la révolution à la dernière heure et veut, par l’hommage, faire oublier le grade et la datation à l’échelle du 1er novembre. Parce que l’hommage est une obligation et que même une dictature molle se sent le devoir moral de rendre le salut à un illustre fondateur. Parce que d’autres raisons.

L’essentiel est cependant dans le décès : par sa mort, Aït Ahmed clos le chapitre de la seule dissidence incommodante : celle d’un père de la Révolution face à ceux qui l’ont détournée, volée. Du point de vue du récit national, la version du régime était toujours fausse tant qu’un Père de la révolution était vivant. Il était la preuve physique d’un détournement de sens. Son opposition était celle d’une histoire, pas celle d’une formation. Il était le corps adversaire, la preuve vivante d’une infamie.

Les révolutions ont ceci d’habituel qu’elles n’aiment pas les dissidences ni la survie des premiers compagnons. La Révolution devenue dictature ne peut fonder le Récit que par la purge. L’unanimité suppose la purification. Le mythe ne tolère pas les témoins premiers du caractère mortel de l’usurpateur devenu Père du peuple.

Dans notre cas, Aït Ahmed doit donc être dignement enterré par le Régime. Cela clos le chapitre le plus gênant du Récit consacré, cela consacre une «légitimité» désormais sans brèche et cela donne de la stature à la dictature qui sera enfin sans témoin gênant. Le FLN de Tliba est dorénavant Absolu. Il est seul sur scène. Il est sans témoin, il peut se permettre le grossier comme le loufoque. L’enterrement d’Aït Ahmed est voulu «national» parce que le devoir l’impose mais aussi parce qu’il va assurer le soulagement : les faux vétérans sont enfin sans détracteurs ni contradicteurs. Le Récit national du régime a désormais la gloire de la version unique. On peut, désormais, raconter n’importe quoi, absolument et usurper n’importe quel grade et faire élire comme fondateur du FLN n’importe quel vendeur de lots de terrain. On dira que cela n’a pas attendu la mort d’Aït Ahmed et cela est vrai. Mais aujourd’hui, on enterre cet homme pour consacrer la mort de l’histoire et le règne du racontar. Aussi.

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