Kassaman binnazilat ilmahiqat..." le plus noir des crimes est celui qui consiste à obscurcir la conscience politique et d’égarer tout un peuple" d'Emile ZOLA

Kassaman binnazilat ilmahiqat..." le plus noir des crimes est celui qui consiste à obscurcir la conscience politique et d’égarer tout un peuple" d'Emile ZOLA

Le nom de ce blog est sans doute évocateur de notre "nachid el watani" tant décrié par le passé parce que, associé au pouvoir Algérien illégitime. Après des décennies de disettes. Je voudrais faire de cet espace, un coin où tous mes compatriotes et autres amoureux de libertés, de démocratie, ou tout simplement d'histoire pourraient s'exprimer librement. En ce sens, nous vous souhaitons la bienvenue. En hommage à Nacer Hachiche, repose en paix et à bientôt ! Pour garder le contact avec notre chère patrie : http://www.alger-presse.com/index.php/presse-fr


L’Algérien avec sa tête dans un puits par Kamel DAOUD

Publié par The Algerian Speaker sur 20 Janvier 2016, 08:16am

Catégories : #la rubrique de Kamel Daoud

2 aL2RIETE ? L4AVENE PRESENNS? 2 DISCOURS /
2 aL2RIETE ? L4AVENE PRESENNS? 2 DISCOURS /

«…Tout pays nait d’une image. Sans cesse. Elle se décline, se transforme, s’hérite puis se devine dans le billet de banque ou dans les liens et les chansons. Un pays est né d’une louve. Un autre d’une femme brûlée vive sur un échafaud. Un autre a été construit sur la base d’un Grand Retour. Un autre encore se souvient qu’il est né sous un orme. Le nôtre a aussi son image qui est sa matrice : un homme longtemps réduit, vaincu, affamé et qui soudain se réveille, prend l’arme et la montagne sur son dos puis se bat et finit, à la fois, par vivre et mourir, vaincre et récolter, crever et se gonfler. A la fois enterré et piéton, ancêtre et enfant unique. C’est un peu notre histoire algérienne : son mythe fondateur est l’homme qui a pris les armes et son but est la liberté

Et pour lire le présent, on ne fait que comparer le mythe de la naissance à ce qui se passe chaque jour. Cela permet de mesurer la distance entre le vœu et la déception. Cela permet de juger les contemporains, écrire des livres qui condamnent ou honorent et de céder aux usurpations tellement faciles quand il y a trop de héros qui ont laissé trop de noms.

Donc, on se lève au matin et on se met tous à juger, chacun l’autre, en comparant l’aujourd’hui à la présence de cette image. Alors notre pays se divise en deux : Traitre/Héros. Puis en délateurs et assassins. Puis en ancien et nouveau. Puis en fidèle et usurpateur. Puis en historique et fantastique. Certains, comme Messali ou l’Emir Abd El Kader passent d’une colonne à l’autre. D’autres y basculent parce qu’on a lâché sur eux des chiens et des archives. Et ainsi de suite.»

-Le ciel de cette nuit est magnifique. On dirait que nous sommes au fond de la carafe d’eau d’un Dieu, lui dis-je pour détourner son attention.

Il ne le remarqua même pas. Plongé comme un fou dans ses idées, la tête en premier dans un puits. Comme tout les Algériens. Ils ne lisent les cieux que dans les souvenirs.

-« … L’empire romain avait pour l’un de ses pères Auguste l’empereur et Romulus l’orphelin. Le dernier empereur de cet empire s’appelait Romulus Augustus ! Tu as compris ? L’image de la naissance porte aussi la révélation de la mort. Chaque pays donne à sa naissance une image et c’est celle-là même de sa mort. Nous, on va finir l’arme à la main, solitaires, dans un maquis avec la faim dans le ventre et une montagne sur le dos. On va remonter l’histoire de ce président aux Turcs, puis aux autres qui sont venus nous défaire. On remontera de l’indépendance vers la faim, puis de la faim vers la défaite puis de la défaite vers l’éparpillement en tribus puis des tribus vers la terre vague.»

-Tu divagues, murmurai-je avant de prendre ma tasse de thé froid.

Il ne répondit pas. Nous étions assis au seuil de la vieille maison. La nuit était si limpide qu’on pouvait y retrouver, à sa guise, des traces de Dieux diaphanes ou de grandes poussières de lumières. Rien ne bougeait. Je préférais son silence, à la fin. Sa théorie était intéressante mais il était aussi ennuyeux que les journaux algériens.

Dans le douar, l’éclairage public était rare et cela permettait au ciel d’être transparent et peuplé d’un nombre incroyable d’étoiles.

Un Dieu unique était peut-être nécessaire pour surveiller leur éparpillement. En faire le décompte impossible.

K.D

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