Kassaman binnazilat ilmahiqat..." le plus noir des crimes est celui qui consiste à obscurcir la conscience politique et d’égarer tout un peuple" d'Emile ZOLA

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Le nom de ce blog est sans doute évocateur de notre "nachid el watani" tant décrié par le passé parce que, associé au pouvoir Algérien illégitime. Après des décennies de disettes. Je voudrais faire de cet espace, un coin où tous mes compatriotes et autres amoureux de libertés, de démocratie, ou tout simplement d'histoire pourraient s'exprimer librement. En ce sens, nous vous souhaitons la bienvenue. En hommage à Nacer Hachiche, repose en paix et à bientôt ! Pour garder le contact avec notre chère patrie : http://www.alger-presse.com/index.php/presse-fr


Académie algérienne de la langue amazighe : nécessité d’un bref aperçu

Publié par The Algerian Speaker sur 24 Février 2016, 19:31pm

Catégories : #HISTOIRE (KAN YA MAKAN FI KADIM AZAMANE

Académie algérienne de la langue amazighe : nécessité d’un bref aperçu

Dans l’avant-projet de la révision constitutionnelle, il est proposé la création de l’académie Algérienne de la langue Amazighe. Ce texte, approuvé par le conseil des ministres et par le Conseil constitutionnel, a été finalement adopté par le Parlement.

Cette contribution se veut, par anticipation, une réflexion portant sur cette académie, sa structure, ses objectifs, son fonctionnement et organisation, sa création et son influence. Autant d’éléments, suffisamment cernés, ne brideraient pas juridiquement son efficacité.

Faut-il encore que cet organisme soit réellement capable de se doter d’une stratégie viable pour la planification linguistique et la promotion de la langue et de la culture amazighes. Voici donc un texte dont une partie se propose de suggérer et d’étayer la structure de cette institution imminente.

Le texte suivant ne sert ici qu’à suggérer certains aspects de l’académie à venir. Et c’est uniquement en tant que tel et à dessein, à titre descriptif, que le présent de l’indicatif est employé dans la conjugaison des verbes. Initialement, ce texte a servi à la préparation d’un avant-projet (initiative personnelle) de création d’une académie algérienne de la langue amazighe dès avril 2007 au niveau du Haut-Commissariat à l’Amazighité (HCA). La Présidence de la République, tutelle du HCA, ainsi que certains départements ministériels étaient destinataires d’une version finalisée sous une forme adaptable à une parution dans le journal officiel.

Présentation générale

Ainsi donc, l’Algérie comptera deux Académies : l’une de la langue arabe créée en 1986 et l’autre de la langue amazighe qui ne tardera pas à être fondée au courant de cette année 2016, soit trente ans plus tard. Si leurs dispositions générales peuvent être semblables, les objectifs, rôles et organisation, quant à eux, devraient être spécifiques à chacune des deux académies. Pour ce qui est de l’académie de tamazight, je propose le schéma suivant :

Nom original : Agraw adzayri n tutlayt tamazight (AATT)

Création 2016, sous l’impulsion de l’expression populaire

Discipline : langue tamazight

Objectifs : défense et sauvegarde, aménagement et promotion de la langue tamazight sur les plans linguistique et social

Pays : Algérie

Ville A: lger et des délégations dans les régions où tamazight est en usage

Langue : tamazight dans toutes ses variantes

Emblème : lever du soleil frappé du Z amazigh

Devise : Wibɣan tamaziɣit yissin tira’s - "qui désire tamazight sache l’écrire".

Membres 40 académiciens permanents, 15 correspondants et 15 associés

L’académie algérienne de la langue amazighe «Agraw adzayri n tutlayt tamazight» (AATT) est une institution nationale autonome à caractère scientifique. Dotée de la personnalité morale et de l’autonomie financière, placée sous l’égide et l’autorité du Président de la République, elle est chargée principalement de la codification de tout ce qui concerne la langue amazighe.

L’académie est présente sur l'ensemble du territoire algérien. Le siège officiel est sis à Alger, et elle devrait avoir des délégations pour les différentes variantes de la langue (le kabyle, le chawi, le chenwi, le mzab, le touareg, le wargli, le snoussi et le tachelhit d’El Bayed) dans les régions respectives. Elle a pour emblème le lever du soleil frappé du Z amazigh, et pour devise «w’iran tamazight yissin tira’s» (qui désire tamazight sache l’écrire).

L'État pourvoit l’académie en moyens et en ressources nécessaires à son fonctionnement. Les dispositions relatives à la gestion financière publique sont applicables à l’académie. Elle est dotée d'un budget annuel affecté du budget de l'État. Elle peut accepter l'octroi de subventions, dons et legs, en compatibilité avec ses missions conformément à la législation en vigueur.

Rôles et objectifs de l’académie amazighe

L’académie est un dispositif de recherche scientifique dont la fonction principale est dédiée à défendre la langue amazighe, à l’aménager et à la promouvoir activement sur les plans linguistique et social. Cette charge lui confère un double rôle : se consacrer au maintien et à la défense, au développement et à la promotion de la langue amazighe en l’adaptant à la modernité.

1. Activités de codification

La première mission a pour objectif, d'une part, de recueillir, sauvegarder la langue à travers un vaste réseau d’enquêtes partout en Algérie ; de codifier la langue (en évaluant d’abord ce qui existe) et lui fixer des normes pour en faire un outil de savoir utile à tous ses usagers. D'autre part, l’académie agit pour en maintenir les qualités et en suivre les évolutions nécessaires. Elle en définit les usages en déterminant et précisant notamment les sens et valeurs dont les mots sont porteurs.

L’académie est gardienne de ces usages de la langue. Ce rôle se concrétise par la codification de tamazight dans un langage qui soit compréhensible par tous ceux qui l’adoptent comme langue normée. Il devient alors nécessaire de préciser qu’en parlant de tamazight, il est entendu les diverses formes linguistiques et sociolinguistiques en usage sur le territoire national.

Ce dessein se traduit par l'écriture de grammaires, la régulation de l'orthographe et surtout par la composition de dictionnaires de la langue qui fixent les usages ainsi que par ses recommandations et sa participation aux différents dispositifs officiels de terminologie. Les dictionnaires adoptent le vocabulaire consacré par la tradition et forgent la terminologie adaptée aux réalités contemporaines.

2. Activités de promotion

La seconde mission consiste à exploiter tous les moyens appropriés pour permettre la promotion de la langue amazighe à tous les niveaux :

  • créer des prix et des distinctions qui contribuent fortement à l'esprit de création et témoignent de l’intérêt constant de l’académie pour le rayonnement de la langue amazighe. Les prix et distinctions sont décernés aux meilleurs ouvrages littéraires, scientifiques ou artistiques de l'année, à l'issue d'une cérémonie. Pour chacun de ses prix, une commission au sein de l’académie propose les candidats. Le jury qui délivre le prix se compose d'un comité élargi avec un président, un vice-président et un comité consultatif. Attribuer des subventions et des aides pour études aux personnes qui se distinguent par leurs travaux et recherches ;
  • encourager la publication et la diffusion, la traduction et l'édition de toute étude et recherche scientifiques, de tout ouvrage sur tamazight ou en tamazight dans tous les domaines de l’amazighité ;
  • publier un bulletin périodique pour ses études et recherches, ses bilans annuels et autres travaux tels que les normes orthographiques, des grammaires, des dictionnaires et une histoire de la littérature. Son bulletin, Afud ou Tisuraf, paraîtra 2 fois par an.
  • organiser et tenir des rencontres scientifiques nationales et internationales. Participer aux conférences, séminaires, symposiums nationaux et internationaux ;
  • coopérer avec toutes les institutions similaires des autres pays afin de tirer profit de leurs expériences ;
  • soutenir la publication d'auteurs. Des œuvres inédites ou peu connues du public seront mises à sa disposition ;
  • publier dans son annuaire annuel les conférences et les discours tenus lors des séances, les discours des lauréats et leurs présentation, les notices biographiques des membres nouvellement élus ou décédés, ainsi que des questions scientifiques qui donnent lieu à des concours de thèses dont les gagnants sont récompensés et publiés lors de la prochaine édition.

L’académie participera de droit à tout dispositif officiel chargé de traiter de la terminologie et/ou de la néologie de la langue amazighe.

L’objectif principal de l’académie, s’il porte initialement sur la défense et l’aménagement de la langue amazighe, il devra pouvoir également s’intéresser à l’histoire, à l’onomastique, à l’archéologie, aux arts ainsi qu’au développement des sciences.

Organisation et fonctionnement

1. Ressources humaines

L’académie est une compagnie d’érudits et d’universitaires destinés à faire de la recherche scientifique. Eu égard à l’immense tâche qui lui est assignée, elle devrait être composée d’une quarantaine (40) de membres permanents, d’une quinzaine (15) de membres correspondants et d’une quinzaine (15) de membres associés.

Tout algérien érudit ou chercheur qui parle tamazight et écrit en/sur tamazight, ou qui est spécialiste dans un des domaines de l’amazighité et ayant une compétence avérée à travers des études ou des recherches publiées dans des revues scientifiques nationales ou internationales peut être élu en tant que membre permanent. Quant au titre de membre correspondant ou associé, toute personnalité algérienne ou étrangère ayant œuvré pour la langue et la culture amazighes peut être éligible. La procédure d’admission en tant que membre au sein de l’académie se présent ainsi :

La candidature au titre de membre permanent se fait par simple lettre de motivation et un parrainage écrit de trois membres permanents adressé au président de l’académie. Le candidat est élu au scrutin secret et à la majorité absolue des membres permanents pour une période de cinq ans renouvelable.

L’élection ne devient définitive qu’après publication du décret de validation de sa qualité de membre permanent de l’académie au journal officiel, le membre élu est alors installé par ses pairs au cours d’une séance ordinaire. Il doit composer un discours qu’il prononce à la cérémonie annuelle de clôture des travaux devant l’académie.

La qualité de membre correspondant et associé est validée, quant à elle, par décision du président de l’académie.

Tout membre de l’académie peut démissionner par simple lettre. Des exclusions peuvent être prononcées, sur proposition du conseil, par décret présidentiel pour les membres permanents, selon les cas suivants : Interruption de participation aux réunions et travaux de l’académie ; plus de trois absences aux séances du conseil, du bureau ou des commissions, sans motif valable agréé par le conseil ; condamnation pour crime ou grave motif entachant l’honneur. Et par décision du président de l’académie sur proposition du conseil pour les membres correspondants et associés selon ces cas : Interruption de participation aux travaux de l’académie ; condamnation pour crime ou grave motif entachant l’honneur.

Le président de l’académie est nommé directement par décret présidentiel pour une période de trois (03) ans lors de la création de l’académie. Ses attributions sont définies par le règlement intérieur de l’académie.

Le vice-président est nommé par décret, initialement sur proposition du président de l’académie, pour une période de trois ans. Il assiste le président dans les travaux scientifiques et le remplace dans toutes ses fonctions en cas d'absence. Le vice-président, sous l'autorité du président, supervise la gestion administrative et financière ainsi que celle des moyens de l’académie.

2. Organisation de la structure

L’académie est dotée des organes suivants :

  • Le Conseil comprend l'ensemble des membres permanents de l’académie. Il est chargé notamment de mener des recherches et travaux nécessaires pour mettre en place des dispositifs théoriques et pratiques permettant de stabiliser l'orthographe, d'écrire des grammaires et de réaliser un dictionnaire général de la langue amazighe. Il a aussi pour attributions d’élire le président de l’académie et les autres membres du bureau pour un mandat de trois (03) ans renouvelable une fois ; d’élaborer et modifier le règlement intérieur ; d’élire les nouveaux membres de l’académie ; de constituer les commissions et adopter leurs travaux ; de fixer la méthodologie en fonction des objectifs susvisés ; d’adopter le programme de travail ; d’examiner le budget de l’académie proposé par le bureau ; de veiller à la publication des travaux scientifiques et, notamment, à la consécration des résultats et recommandations liés à la codification de l'orthographe, de la morphologie et du vocabulaire et d’évaluer et déterminer les travaux à récompenser annuellement. Toutes les décisions du conseil sont prises à la majorité simple, en présence au moins des deux-tiers (2/3) de ses membres. En cas de partage des voix, celle du président est prépondérante.

Les assemblées se tiennent chaque semaine pendant les trois premiers mois qui suivent la fondation de l’académie (pour accélérer la mise en place de l’organisation, définir les tâches prioritaires, installer les groupes de travail et déterminer les méthodes d’application). Par la suite, les séances se tiendront 2 fois par mois pour examiner la langue et les travaux programmés.

  • Le Bureau exécutif dirige l’académie. Il est composé d’un président, d’un vice-président et d’un secrétaire général. Ils sont élus parmi les membres permanents à la majorité des deux-tiers (2/3) pour une durée de trois ans renouvelable une fois. Le bureau est responsable devant le conseil et a pour attributions de veiller à l'exécution des décisions du conseil ; d’élaborer le programme d'activités; d’établir l'ordre du jour des travaux de l’académie ; d’élaborer le projet de budget ; de suivre la gestion administrative et financière et d’élaborer le rapport annuel de l’académie.
  • Les Commissions de l’académie sont permanentes ou temporaires. Elles sont composées des membres permanents et correspondants. Le nombre de commissions, leurs missions et les modalités de leur fonctionnement sont fixés par le règlement intérieur de l’académie. Les commissions peuvent se faire assister dans leurs travaux par toute personne compétente parrainée par trois membres permanents.

Par exemple, au sein de l’académie, voici un cas de figure des commissions de travail chargées de différentes tâches dans le cadre de l'étude de la langue amazighe :

  • Lexicographie : Cette commission se chargera du Dictionnaire général amazighe qui répertorie l'ensemble du patrimoine lexical sous une forme descriptive. Elle travaillera aussi sur un "Vocabulaire de la Langue unifiée" qui, contrairement au dictionnaire général, est normatif et ne reprend que le vocabulaire commun.
  • Grammaire : cette commission travaillera à la rédaction des bases grammaticales de la langue amazighe.
  • Atlas linguistique du pays : Le travail de cette commission consiste à réaliser, à partir d'enquêtes sur le terrain, une cartographie de la répartition géographique des différents dialectes parlés en Algérie.
  • Onomastique : Cette commission effectuera des recherches théoriques et historiques sur les noms propres en langue amazighe, afin notamment d'unifier la toponymie et l’anthroponymie.
  • Littérature : Cette commission analysera aussi bien la littérature populaire que la littérature savante en langue amazighe.
  • Phonie et orthographe : Cette commission sera chargée de réaliser des études sur la pratique orale de la langue amazighe, qui varie selon les locuteurs et la région ; ceci dans un but à la fois descriptif et normatif. Elle proposera des règles d’écriture et donnera sur tamazight des avis faisant autorité. Si au début on est tenté d’établir une orthographe uniforme, il ne faudra pas négliger de tenir compte de l’usage. C’est une position sage et prudente qui, au fil des années, permettra aux règles établies d’être acceptées comme normatives. (A suivre)

1. Rôle complexe ou défi à relever

Les premières tentatives de diffusion du tamazight en dehors du cercle privé, comme au sein de certaines associations culturelles grâce à des initiatives individuelles, son introduction dans quelques établissements scolaires suite à la grève du cartable de l’année scolaire 1994-95 en Kabylie, le renouvellement de la presse en langue kabyle ou les tentatives d'alphabétisation des adultes dans cette langue, sont restées assez timides jusqu’à nos jours. Parallèlement, cela n'empêcha pas la société amazighe de manifester avec force sa demande de normalisation de la langue. En particulier, pour le kabyle, dès les années 60 (et même avant) on a tenté d’établir des règles de base pour atteindre l’objectif de description de l’orthographe, du lexique, de la morphologie, de la conjugaison, etc.

Le travail de normalisation qu’effectuera l’académie rencontrera des réticences d’opposants à une langue unifiée considérée comme artificielle. Il est vrai que standardiser ou unifier une langue qui se présente au plan sociolinguistique sous formes de plusieurs langues aux aspects à la fois semblables, variables et communs s’avérera une besogne délicate dont l’enjeu déterminera l’avenir même de cette langue. Si l’on cherche la faisabilité, ce sera à coup sûr au prix de la séparation de la langue de son support social. La résultante sera la fabrication d’une langue de laboratoire dépourvue de locuteurs natifs et donc sans assise sociale. Ce sera un état de diglossie.

On pourrait arguer que l’enseignement, les médias et l’administration contribueront à l’adoption d’une langue unifiée. Mais le risque vaut-il la peine ? L’unification, si elle venait vraiment à se concrétiser, produirait un monstre linguistique dont aucun locuteur n’en voudrait. La réalité linguistique et sociolinguistique de cette langue amazighe recommande un compromis d’unité dans la diversité. Certes, c’est un défi à relever que de réguler la langue avec ses diverses formes. La réalité complexe ne laisse pas beaucoup de choix !

2. Réforme de la langue

L’académie donne son avis sur la réforme de l’orthographe en cours. Une commission se tiendra pour analyser et publier des propositions de compromis. Elle jugera de la comparaison à des fins de documentation.

Au sujet des emprunts, on estime que tamazight peut absorber des mots d'origine étrangère, s’ils sont dans une proportion à hauteur de 5% du vocabulaire général. Il faut savoir aussi que beaucoup de ces mots disparaissent aussi vite qu'ils sont apparus. Toutefois, l’académie recommande d'être attentif face à la prédominance de ceux-ci (qu’ils soient de l’arabe, du français, de l’espagnol ou même de l’anglais) dans les sciences, l'économie, la politique et la culture, et juge important d'affirmer et développer autant que possible la place de tamazight dans la diversité linguistique internationale, à l'instar de ce qui se fait pour d'autres langues comme le français, l'italien, le polonais ou le suédois.

Enfin pour ce qui est de la graphie, sujet à polémique actuellement, qui servira à transcrire tamazight, pour être efficace il est nécessaire de dépassionner le débat. Tamazight a acquis au cours des deux derniers siècles un capital important en documentation, en analyse, et en expérience d’écriture en caractères universels (n’en déplaise à certains) que s’il vient à l’idée de sacrifier ce capital sous prétexte que ces caractères seraient entachés de quelque sentiment que ce soit, ce sera vouer à l’échec toute entreprise de développement et de promotion de tamazight. Ceci étant dit, on peut tout à fait laisser utiliser encore les trois graphies en question pendant trois à cinq ans, et ce n’est nullement anti-pédagogique comme on l’entend dire. Cette période servira, d’une part, à mettre en place tous les outils nécessaires à l’aménagement linguistique, à poursuivre et consolider les expériences déjà engagées. D’autre part, cela permettra également de revoir le statut de tamazight et d’harmoniser la co-officialité des deux langues tamazight et arabe. Sans heurter les sensibilités, pédagogiquement et sereinement l’histoire fera le décompte.

Les germes de l’académie avant son officialisation

L’académie de la langue amazighe (AATA), sera l'institution académique officielle qui se consacrera à la défense et à la normalisation de la langue amazighe. Sa création en 2016 sera la première mesure qui découle de l’officialité de tamazight en Algérie. Elle intervient après l’obtention du statut de langue nationale (en 2002), soit 14 ans plus tard. Désormais, tamazight est une langue nationale et officielle conditionnée en Algérie.

Le contexte historique de la création de l’académie de la langue amazighe correspond à la période du mouvement national connue sous le nom de "Revendication berbère" couvrant les années 1926 à 2015, qui mit en avant la langue amazighe comme valeur culturelle et identitaire à défendre et à promouvoir.

Le climat favorable à la naissance d'une académie chargée de défendre la langue amazighe a été créé depuis un quart de siècle par l’évolution et l’assouplissement politiques, nouvelle stratégie adoptée, ainsi que par les demandes expresses d'organisations politiques, des associations culturelles et des personnalités civiles algériennes éprises de démocratie et de liberté, mais surtout, conscientes du danger qui guette la cohésion sociale et l’unité nationale, ont poussé les pouvoirs publics et en premier lieu l’État à prendre des initiatives concrètes.

Lors de la crise dite berbériste de 1949, on envisagea la mise en place d’un groupe d’études amazighes pour la création d’une terminologie moderne. Une équipe s’est constituée et a composé des néologismes portant sur la révolution algérienne en cours. Plus tard, après l’indépendance de l’Algérie en 1962, dans un contexte politique entièrement hostile à l’amazighité, une association à caractère culturelle composée de militants et d’intellectuels algériens donnera naissance en 1966 à ce qui est convenu d’appeler l’académie berbère à Paris (rue d’Uzès). Son objectif initial était la défense et le développement de la langue amazighe.

L’université d’Alger n’est pas en reste, à la fin des années 60, autour de l’écrivain Mouloud Mammeri un groupe d’étudiants amazighs s’est constitué et s’est donné comme objectif la composition d’un lexique de néologismes amazighs connu sous le nom d’Amawal atrar, d’abord ronéotypé au début des années 1970 puis publié plus tard.

De même, à l’université de Vincennes Paris 8, certains étudiants qui ont déserté l’Académie Berbère ont fondé à partir de 1972 le Groupe d’Études Berbères (GEB) autour du professeur Mbarek Redjala. Parmi les activités du Groupe, un projet d’élaboration d’un dictionnaire de la langue kabyle fut initié. Pendant des années, une base de données se constituait peu à peu jusqu’ à former un corpus conséquent de plusieurs milliers de mots.

En 1995, à l’avènement de la création du Haut-Commissariat à l’amazighité (HCA), dans l’espoir de travailler enfin, hors de la clandestinité et avec les moyens de l’État algérien, l’exécution de ce projet de dictionnaire entamé au sein du GEB s’est poursuivie quelques temps. Mais c’était sans compter sur l’inertie, les entraves et la marginalisation. Dans ces conditions, le porteur du projet a décidé de sursoir à l’exécution de l’ouvrage au niveau de l’institution (HCA). Cependant, le travail personnel de recherche lexicographique n’a pas cessé pour autant, il continue à se faire à des rythmes irréguliers et des moyens dérisoires.

Toutes ces initiatives individuelles ou de groupes sont les embryons d’une Académie de la langue amazighe, et forment un capital collaboratif non négligeable.

M.O. L.

Mohand Oulhadj Laceb est Docteur en sciences du langage, ex-directeur de l’enseignement et de la recherche au HCA, mis à la retraite)

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