Kassaman binnazilat ilmahiqat..." le plus noir des crimes est celui qui consiste à obscurcir la conscience politique et d’égarer tout un peuple" d'Emile ZOLA

Kassaman binnazilat ilmahiqat..." le plus noir des crimes est celui qui consiste à obscurcir la conscience politique et d’égarer tout un peuple" d'Emile ZOLA

Le nom de ce blog est sans doute évocateur de notre "nachid el watani" tant décrié par le passé parce que, associé au pouvoir Algérien illégitime. Après des décennies de disettes. Je voudrais faire de cet espace, un coin où tous mes compatriotes et autres amoureux de libertés, de démocratie, ou tout simplement d'histoire pourraient s'exprimer librement. En ce sens, nous vous souhaitons la bienvenue. En hommage à Nacer Hachiche, repose en paix et à bientôt ! Pour garder le contact avec notre chère patrie : http://www.alger-presse.com/index.php/presse-fr


Les silences pesants d’une Algérie qu’on ne veut pas voir

Publié par The Algerian Speaker sur 9 Mars 2016, 08:27am

Catégories : #DEBATS A BATONS ROMPUS(hiwar bila houdoud)

Les silences pesants d’une Algérie qu’on ne veut pas voir

Le pays profond est extrêmement oublié. On vit constamment à l’heure d’Alger et des quartiers résidentiels comme si l’Algérie s’arrêtait à ces lieux dits privilégiés. Nos dernières escapades dans quelques villes de l’Est et de l’Ouest du pays nous ont révélé l’extrême niveau de dénuement et de pauvreté atteignant de plein fouet des daïras reculées de Frenda, Mecheria, El Attaf, Collo ou Azzaba dans la wilaya de Skikda ou Cheurfa et El Eulma ou Ain el Berda à Annaba. Dans certaines de ces contrées, on a soif, il n’y a plus une goutte d’eau depuis des jours, les routes sont impraticables, on se résigne aux jerricans et aux graffiti célébrant el Harga et la révolte passive contre les injustices qui plaquent sur le trottoir plus de 50% des jeunes condamnés à regarder un futur trop incertain, vivant un chômage invalidant. Le passé se rétracte devant la culture de l’ordinaire marquée par des attitudes peu amènes donnant à voir une société profonde en déphasage réel avec un discours euphorisant, culpabilisant des jeunes qui n’arrêtent plus de chercher les adresses des sociétés d’agriculture ou de travaux publics qui pourraient les employer. La quête, jusqu’à présent, s’avère vaine, d’autant plus que les indicateurs du hômage sont toujours au rouge ; surtout, après les incendies de forêts.

Que devraient faire ces jeunes qui attendent à Collo, à Azzaba, à El Arrouch, à Frenda ou aà Msila un hypothétique boulot et un brin d’espoir qui repeuplerait leur vécu d’investissements réels et de joies bien entretenues, à l’aune de discours culpabilisateurs qui semblent méconnaitre l’état lamentable de bourgades désormais sans vie. C’est vrai que les déplacements du Premier-ministre à l’intérieur du pays, les blagues en bandoulière, les jacasseries de Ouyahia s’attaquant à Sellal qui ne dirait pas la vérité au peuple, les sorties de Saadani qui règle des comptes avec le chef de cabinet du président et la présidente du PT, les rencontres peu partagées de Mokri à la présidence, donnent à voir une gigantesque mise en scène bien réalisée par toutes les autorités de la contrée visitée, dissimulant sans retenue, toutes les misères de la cité, dépensant pour une visite ministérielle des sommes faramineuses, à même de permettre de maquiller une ville trop heurtée par une mauvaise gestion tant dénoncée, mais jamais réellement remise en question.

Les choses, après des replâtrages de circonstance, redécouvrent leur état initial et les émeutes pour une eau trop manquante ou un travail improbable, prennent le dessus sans crier gare. L’état réel des petites bourgades, trop cachées au regard des chefs, pose sérieusement le problème du mode de gouvernance qui évacue des instances de réflexion et de transformation, cette culture de l’ordinaire trop marquée par des décisions trop bureaucratiques, des routes aux crevasses infinies, des silences suspects et des bruits, certes encore aphones, mais qui devraient être sérieusement entendus par des pouvoirs publics réellement responsables.

Aujourd’hui, de nombreux coins de l’Algérie profonde ne semblent pas concernés par les discours des officiels regardant d’en haut les jeunes et moins jeunes, jerricans en bandoulière, sans que réagissent les autorités, et lorgnant d’une possibilité trop problématique d’un emploi trop virtuel qui ferait peut-être ouvrir les portes de l’espoir. Ils sont morts avant la mort, ces jeunes qui n’ont rien à perdre, enjambant dangereusement les mers pour se retrouver renvoyés d’Allemagne et d’ailleurs avec l’accord tacite des responsables d’ici, qui sourient, eux, qui prennent la valise sans crier gare. Ils sont las, ces jeunes, disséminés à Ghardaia, Tebessa, Tlemcen ou Tizi-Ouzou, pleurant l’ineffable incompétence d’une gestion politique peu propice aux grands desseins nationaux. Ce sont des villes mortes que nous avons visitées, trop perdues, vivant une absence totale de perspectives, comme Collo, ville d’Anna Gréki et de Nabile Farès, désormais chauve, sans liège ni bois, victimes des incendies trop suspects des années 90, ni de poissons, désertant la côte, comme ces sardines désormais séduites, elles aussi, par le phénomène de la Harga.

Il est encore temps de zyeuter du côté de ces douars reculés, ces villes de plus en plus pauvres qui n’ont ni bibliothèques, ni usines, ni eau ; qui ont vécu le martyre durant la colonisation et qui revivent, aujourd’hui, une sorte de désenchantement fort déstabilisant, retrouvant les misères d’une colonisation qu’on croyait épuisée.

Ahmed Cheniki

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