Kassaman binnazilat ilmahiqat..." le plus noir des crimes est celui qui consiste à obscurcir la conscience politique et d’égarer tout un peuple" d'Emile ZOLA

Kassaman binnazilat ilmahiqat..." le plus noir des crimes est celui qui consiste à obscurcir la conscience politique et d’égarer tout un peuple" d'Emile ZOLA

Le nom de ce blog est sans doute évocateur de notre "nachid el watani" tant décrié par le passé parce que, associé au pouvoir Algérien illégitime. Après des décennies de disettes. Je voudrais faire de cet espace, un coin où tous mes compatriotes et autres amoureux de libertés, de démocratie, ou tout simplement d'histoire pourraient s'exprimer librement. En ce sens, nous vous souhaitons la bienvenue. En hommage à Nacer Hachiche, repose en paix et à bientôt ! Pour garder le contact avec notre chère patrie : http://www.alger-presse.com/index.php/presse-fr


Pétrole: quand l'Algérie danse sur un volcan (sources concordantes)

Publié par The Algerian Speaker sur 4 Mars 2016, 10:34am

Catégories : #DEBATS A BATONS ROMPUS(hiwar bila houdoud)

Pétrole: quand l'Algérie danse sur un volcan (sources concordantes)

L'effondrement des cours du pétrole et du gaz fragilise le pays, totalement dépendant de la rente énergétique. Une situation explosive pour un régime en bout de course.

Pour prendre le pouls de l'Algérie, il suffit de flâner le soir à Draria, une petite banlieue tranquille du sud-ouest d'Alger. Là, dès la nuit tombée, le boulevard central de cette cité-dortoir se transforme en une immense rôtisserie à ciel ouvert, où seules les braises incandescentes des barbecues éclairent la nuit noire. Dans les rues adjacentes, les étals des épiciers se couvrent de pyramides de courgettes, de tomates, d'oignons ou d'oranges.

On vient ici en famille, les gamins dans les bras, pour déguster des chouwayines, ces petites brochettes d'agneau parfumées. Sauf que, à Draria, depuis quelque temps, le coeur est moins à la fête. Tout coûte plus cher. Carottes, courgettes, choux-fleurs, oranges et citrons...

NOTRE DOSSIER >> L'Algérie de Bouteflika

Depuis la fin de l'été, les prix des légumes ont flambé, atteignant des niveaux record. Et puis, il y a les prix de l'essence et du gazole, qui ont grimpé de près de 40% au 1er janvier. Officiellement, l'inflation dépasse tout juste les 4%; en réalité, elle est presque deux fois plus élevée. Or, d'ici à l'été, toute une série de tarifs réglementés - eau, téléphone, gaz, permis de conduire - va encore valser. Alors forcément, à Draria, la rue gronde.

Un pays au crochet de la Sonatrach

PUBLICITÉ

inRead invented by Teads

Pour l'Algérie, l'effondrement des cours du pétrole (et du gaz, dont les tarifs à l'exportation sont indexés sur ceux de l'or noir) frappe brutalement une économie léthargique, sous perfusion de la rente énergétique. Pour les économistes, l'Algérie est un cas d'école: un pays incapable de se diversifier, croulant sous le poids d'un secteur public omnipotent et inefficace; une économie refermée sur elle-même, qui vit au crochet de la puissante Sonatrach, la compagnie pétrolière nationale, elle-même rongée par les scandales à répétition et la corruption.

Les chiffres parlent d'eux-mêmes. Les hydrocarbures pèsent pour près de 30% dans le PIB du pays, représentent 98% des exportations, et rapportent environ 70% des rentrées fiscales de l'Etat. Alors que les recettes d'exportation ont chuté presque de moitié en un an, le pays se retrouve sur la paille. Les comptes publics, dans le vert jusqu'en 2013, ont viré au rouge: le déficit budgétaire s'est hissé à 13,7% du PIB en 2015.

Jusqu'à présent, le gouvernement a puisé dans le Fonds de régulation des recettes, une sorte de cagnotte alimentée par les recettes d'exportations, pour financer ses dépenses. Mais cette caisse providentielle se vide à vue d'oeil: 50 milliards de dollars au plus haut en 2013, 42 milliards fin 2014, 27 milliards seulement à la fin de 2015. "Au rythme actuel de baisse, dans deux ans à peine, la cagnotte sera vide", s'inquiète Mihoub Mezouaghi, l'économiste spécialiste de l'Algérie à l'Agence française de développement.

A cela s'ajoute la glissade de la monnaie: 1 euro valait 104 dinars il y a un an, il en vaut aujourd'hui 117 au cours officiel - 180 au marché noir. Une dépréciation qui tourne au cauchemar: lait, sucre, farine, légumes, médicaments, machines-outils, automobiles... Tout vient de l'étranger. Et la facture dérape. "Le pays ne produit quasiment plus rien et importe de tout", s'alarme Mansouria Mokhefi, chercheuse à l'Institut français des relations internationales (Ifri). La réforme agraire a laminé l'agriculture. "L'Algérie n'a même plus les ressources pour nourrir sa population", ajoute-t-elle. L'industrie locale, elle, a pratiquement disparu, représentant à peine 4% des richesses créées chaque année dans le pays.

Un patrimoine énergétique sous-exploité par la Sonatrach

Quant à la rente énergétique, elle aussi est en danger, à terme. Le pays a beau posséder les réserves de pétrole, de gaz naturel et de gaz de schiste les plus prometteuses du continent africain, les conditions draconiennes imposées aux majors étrangères les ont presque toutes fait fuir. Lors des derniers appels d'offres, en 2014, sur les 31 permis d'exploration proposés par le gouvernement algérien, seuls 4 ont trouvé preneurs.

Résultat, la Sonatrach se retrouve seule pour explorer et développer le patrimoine énergétique du pays. Trop pour une compagnie nationale rongée par la corruption. Faute d'investissements, la production d'hydrocarbures s'effrite, tandis que la consommation domestique explose. "S'il n'y a pas un changement radical de cadre pour attirer les investissements étrangers, l'Algérie deviendra importateur d'énergie d'ici quinze à vingt ans", avertit Antoine Basbous, le directeur de l'Observatoire des pays arabes.

La situation est d'autant plus explosive que l'argent de l'or noir et du gaz a servi à acheter la paix sociale. Si l'Algérie est passée à côté du Printemps arabe, c'est à cause des subventions publiques pour tout et n'importe quoi afin d'anesthésier les revendications. Subventions au secteur agricole, au logement, à l'énergie, distribution de logements, aides à la création d'entreprise pour les moins de 25 ans (90000 euros sans quasiment aucun justificatif )...

Ces dépenses représenteraient aujourd'hui près de 30% du PIB. "Les gouvernements successifs ont créé une société passive, enkystée dans l'assistanat", dénonce Mansouria Mokhefi. Evidemment, depuis l'hiver, pour éviter la panique, les ministres se relaient à la télévision pour affirmer que la crise est passagère.

Un budget de rigueur tablant sur une baisse de près de 9% des dépenses publiques a été voté. Et le gouvernement a considérablement revu à la baisse les quotas d'importation pour éviter le creusement du déficit commercial. Les achats de véhicules étrangers sont limités à 152000 unités cette année, soit deux fois moins qu'en 2015. Les importations de ciment ont-elles été fixées à 1,5 million de tonnes, contre 5,8 l'an passé. Pas suffisant pour éteindre l'incendie.

"Le pays danse sur un volcan. Il va au-devant de crises économique, financière, énergétique et politique dramatiques", soutient Antoine Basbous. Or l'équilibre politique interne est extrêmement fragile. Abdelaziz Bouteflika, malade, n'a plus été vu en public depuis des mois, et les islamistes sont en embuscade. Du coup, la société civile s'organise comme elle peut. Slim Othmani, le patron d'une PME dans l'agroalimentaire, est le porte-parole du think tank Care: "Il faut laisser s'effondrer la devise et accueillir tous les investisseurs étrangers qui se présentent pour redresser le pays", lance-t-il, provocateur.

Et puis, il y a tout ces binationaux qui ont fui l'Algérie pendant les années 1990 et qui y sont revenus depuis une poignée d'années pour y faire du business. Ils rêvent d'économie de marché et de démocratie. Sammy Oussedik est de ceux-là. Ce financier a créé en 2000 la première banque d'affaires du pays. Et il s'apprête à lancer le mouvement Ibtykar, un rassemblement citoyen non partisan qui veut faire bouger l'Algérie en partant du terrain. Il en parle moins, mais il a aussi rédigé un programme économique clés en main baptisé "Reset Algeria". Au menu de cette thérapie de choc: privatisations, rationalisation de la dépense publique, création de zones franches pour accueillir les investisseurs étrangers, big bang fiscal, révolution du système éducatif... Un programme économique libéral qui suppose une réforme politique radicale.

Conscient du danger que représentent les binationaux - ces "nouveaux colons", comme on les appelle dans les banlieues chaudes d'Alger -, le clan Bouteflika a décidé tout simplement de les "éliminer" politiquement. Rien de mieux qu'une réforme constitutionnelle votée à main levée quasiment à l'unanimité début février. Au coeur de cette réforme, le sulfureux article 51, qui écarte de la vie politique et de toute fonction d'Etat les binationaux et tous ceux qui ne seraient pas nés de père et mère algériens. Sammy Oussedik hausse les épaules, impassible. Lui travaille pour l'après-demain.

Commenter cet article

Archives

Nous sommes sociaux !

Articles récents