Kassaman binnazilat ilmahiqat..." le plus noir des crimes est celui qui consiste à obscurcir la conscience politique et d’égarer tout un peuple" d'Emile ZOLA

Kassaman binnazilat ilmahiqat..." le plus noir des crimes est celui qui consiste à obscurcir la conscience politique et d’égarer tout un peuple" d'Emile ZOLA

Le nom de ce blog est sans doute évocateur de notre "nachid el watani" tant décrié par le passé parce que, associé au pouvoir Algérien illégitime. Après des décennies de disettes. Je voudrais faire de cet espace, un coin où tous mes compatriotes et autres amoureux de libertés, de démocratie, ou tout simplement d'histoire pourraient s'exprimer librement. En ce sens, nous vous souhaitons la bienvenue. En hommage à Nacer Hachiche, repose en paix et à bientôt ! Pour garder le contact avec notre chère patrie : http://www.alger-presse.com/index.php/presse-fr


Messaoud Zeggar : L'homme qui savait tout faire - Source : impact24.info

Publié par The Algerian Speaker sur 26 Mars 2017, 19:34pm

Catégories : #TCHIPA (Corruption) - srika et tutti quanti

Messaoud Zeggar : L'homme qui savait tout faire - Source : impact24.info

Messaoud Zeggar est né à El-Eulma (ex-Saint-Arnaud), le 8 décembre 1926. Aîné d'une famille dont le père tenait le café du village, il se lança dans les affaires vers l'âge de 15 ans. En 1940, le jeune Messaoud négocie, autour de la base américaine installée dans la région de Sétif, les surplus de stocks alimentaires, de vêtements et de petits matériels. Et c’est ainsi que le futur allié des Américains inaugurât sa carrière d'affairiste dans une base US en Algérie.

Ière partie

Sensible au devenir de son pays, il rencontra, Hadj Ben Alla, officier de l’ALN  chargé par les chefs de la Révolution de la structuration de la zone II de la Wilaya V historique. Et c’est lui qui en 1956, mit en contact Messaoud Zeggar avec Abdelhafid Boussouf, chef du MALG, qui fut ravi du recrutement de Messaoud Zeggar, une  jeune recrue de poids âgée seulement de 30 ans.

Avant de devenir Ministère de l’armement et des liaisons générales en août 1957, le MALG était la Direction Centrale des Liaisons Générales (DCLG). Elle a été créée en 1956 par le colonel Abdelhafid Boussouf.

Quelques temps avant sa mort, Ben Alla avait rendu hommage, dans El Moudjahid du 20 novembre 2008, à son ancien compagnon de lutte Messaoud Zeggar, à l’occasion du 21ème anniversaire de la disparition de l’homme le plus proche de Boussouf et de Boumediene, dont Hadj Ben Alla disait : « Ce négociateur hors-pair et fournisseur d’armement de l’ALN au Maroc, appartenait avant 1954 au Parti du Peuple Algérien (PPA) ».

Ben Alla avait connu Zeggar en 1948 : « Il fréquentait un marchand de bonbons proche du PPA », soulignait l’homme qui était à l’origine de son incorporation au sein de l’ALN à Oran. Zeggar avait hébergé Ben Alla qui était en mission au profit de l’ALN à Oran, en 1956, parmi sa famille à Medina Djedida. Zeggar, habile homme d’affaires et négociant perspicace, avait déjà ses entrées au port d’Oran. Il livrait des denrées alimentaires à l’entreprise qui s’occupait de la gestion de ce lieu d’affaires à l’ouest du pays. « Il assurait la liaison entre le nouveau chef de la zone II de la Wilaya V historique et le Commandement de la Révolution, à travers Nafissa Hamoud qui prendra, par la suite, le maquis de la Kabylie au sein de l’équipe de santé de la Wilaya III historique conduite par le médecin Lalliam », avait indiqué le défunt Ben Alla. « C’était un homme pétri de qualités exceptionnelles. Son intelligence, son esprit d’initiative, son côté débrouillard et son penchant à concocter des astuces les plus invraisemblables pour arriver à son objectif, m’avait incité à l’envoyer au Maroc », disait Ben Allah qui était à l’origine de l’aventure de Zeggar et qui sera derrière  la naissance d’une histoire glorieuse, traversant de bout en bout la légende du MALG de Boussouf, homme secret et organisé.

Pendant la guerre de libération, Messaoud Zeggar connu sous le nom de Rachid Casa, (Casa pour Casablanca, Maroc) où il se rendait souvent pour rencontrer les officiers américains qui venaient s’amuser dans les bars et cabaret de la ville, avec lesquels il faisait de la contrebande au profit de l’ALN. Ces derniers, installés à la base américaine au Maroc, l’avait surnommé « Mister Harry », et à force de les fréquenter il a appris l’anglais. Messaoud Zeggar récupérât beaucoup d’informations et de matériel de guerre au profit de la révolution Algérienne.

Zeggar, un homme très organisé, planifiait toutes ces actions à l’avance. Il ne pouvait pas agir autrement, en ces temps de guerre totale que livrait la puissance coloniale au peuple algérien et à ses combattants. Il prouva ces capacités lorsqu’il implanta une usine de bazookas et de mortiers à Nador, dans le Rif marocain, sous couvert d’usines d’ustensiles de cuisine. Zeggar préparait ses entreprises dans les menus détails. C’est ainsi qu’il avait mis à la tête de cette usine des gens de son patelin pour s’assurer du contrôle total de l’embryon de l’industrie d’armement de l’ALN qui fut une prouesse en ces temps de guerre, au point que même le pays hôte ne savait rien de ce qui se tramait dans les monts du Rif. Parmi les hommes de Zeggar à l’intérieur de cette usine secrète, il y avait Djillai Mohamed Seghir, Zeggar Abdellah, Mansouri Khaled, Abdelhamid Zeggar, Oufi Mustapha, Mezenane Ali, Touati Mohamed, tous natifs de la ville d’El Eulma. A rappeler que cette entreprise est de doter l’ALN d’une industrie d’armement et dans l’organisation des réseaux d’achat d’armes au profit de la Révolution, il y avait, aussi, Mansour Boudaoud. Son cousin et proche collaborateur, M. Djillali Mohamed Seghir, avait indiqué, lors de l’hommage rendu à Zeggar, que le défunt avait installé cette fabrique de mortier à la demande de Boussouf et de Boumediene. Mohamed Seghir a été, aussi, catégorique sur la question du matériel de transmissions acquis par l’ALN. Il avait affirmé qu’il tenait l’information de Boussouf lui-même, qui lui avait dit : « 90% de ce matériel a été fourni par Zeggar ».

Dans son témoignage, lu à l’occasion du 21ème anniversaire de la disparition de Zeggar, M. Dahou Ould Kablia, responsable de l’Association des anciens membres du MALG, avait relevé le rôle principal joué par Rachid Casa dans l’affaire d’achat d’équipements de transmission utilisé par les troupes américaines dans les bases mises à leur disposition par l’OTAN au Maroc, durant la IIème Guerre mondiale. « Un poste de radio-marine de grande capacité a été acquis par Zeggar et transporté de nuit dans la région de Nador », souligna Ould Kablia. Ce poste a été transformé en poste d’émission pour la radio Sawt El Djazaïr qui émettait de Nador, à partir du 16 décembre 1956.

 « A partir de cette date, il devient le collaborateur le plus proche et le plus efficace du colonel Boussouf, puis il s’occupa de la logistique, en complémentarité avec Mansour Boudaoud ». A partir de 1957 jusqu’à 1960, Zeggar développe une mission au port de Tanger (Maroc) puis dans les pays limitrophes, en Espagne en particulier, dans le sillage de la mise en œuvre des filières d’achat d’armes et d’équipements organisées et efficaces,Boussouf avait fait de Zeggar son homme de confiance pour les missions secrètes à caractère politique. « Son champ d’action devient l’Angleterre et les Etats-Unis d’Amérique, où il se voit ouvrir les portes les plus importantes du microcosme de la politique et des finances de ce pays, tant pour les hommes du parti démocrate, les frères Kennedy, que ceux de la finance, dont le président de la Chase Manhattan Banque et gouverneur de la ville de New York, Nelson Rockefeller ». C’est dans ce champ que Zeggar va prouver ses compétences, son habilité et son sens d’organisation et d’approche opérationnelle.

L’Egypte de Djamel Abdenasser qui était parmi les deniers pays à reconnaître le GPRA, avait attiré l’attention de Zeggar qui, au même titre que son chef immédiat, le colonel Boussouf, se posait des questions sur l’attitude de l’Egypte qui cherchait à contrôler les structures de l’ALN, par tous les moyens. Là, aussi, la prouesse de « Mister Harry », comme il plaisait aux militaires américains d’appeler Zeggar, fut légendaire. Son côté astucieux fut remarquable et d’une pertinence hors pair, au point où ilmit hors-jeu le « grand frère » égyptien épaulé dans son entreprise de faire une OPA sur la révolution algérienne par  l’inénarrable Fethi Dib. C’est dans ce contexte, relève-t-on, que Zeggar avait rédigé une fausse lettre qu’il avait signée du nom de De Gaulle et qu’il avait transmise à l’ambassade d’Egypte, à travers un colonel français qui travaillait à l’Elysée. Dans cette fausse lettre, De Gaulle avait demandé à son homologue le «grand frère » Abdenasser de cesser de fournir de l’aide militaire à la Révolution Algérienne moyennant un soutien économique de la France à l’Egypte. Une proposition qu’avait acceptée le grand révolutionnaire arabe, dans une vraie lettre remise  au colonel qui collaborait avec Zeggar et que ce dernier avait remise au colonel Boussouf, soulevant de la sorte l’étonnement des dirigeants de la Révolution. Zeggar s’est aguerri dans le travail du renseignement, au point de placer un équipement d’écoute à l’intérieur même du bureau du président français. Il avait également récupéré un document secret du bureau qu’il avait remis aux responsables de la Révolution. Un document qui a été d’un apport avéré à l’équipe des négociateurs d’Evian, conduite par le défunt Krim Belkacem.

 

IIème partie

1962 c’est l’indépendance de l’Algérie.

 Après le 19 juin 1965, et la prise du pouvoir par Houari Boumediene, Zeggar a été contacté par des agents d’affaires qui désiraient acquérir les fils barbelés et matériel composant les deux barrages frontaliers entre l’Algérie et le Maroc d’une part, et l’Algérie et la Tunisie d’autre part. Ces hommes d’affaires savaient que Zeggar était très proche de Boumediene et que, de ce fait, il obtiendrait facilement l’achat des éléments composant les barrages et qu’il pourrait alors les leurs revendre. En effet, Zeggar en parla à Boumediene qui donna son accord puisque cette transaction allait enlever le matériel séparant les deux pays frères, la Tunisie et le Maroc, d’avec l’Algérie.

Zeggar eut le privilège d’obtenir le tout au dinar symbolique, qu’il revendit à une somme faramineuse.

La construction des lignes Morrice (450km) et Challe (300km) sont le fait de l’armée coloniale qui a installé des barbelés électrifiés tout au long des frontières entre l’Algérie et la Tunisie et l’Algérie et le Maroc, croyant venir ainsi à bout des combattants de l’A.L.N. Les barrages larges de 30 à 60 mètres, s’étendent tous deux sur une distance de 750 km. Les deux lignes sont des réseaux parallèles de fils électrifiés et de barbelés de différentes formes et dimensions. Les autorités françaises les ont dotés de tous les moyens tels la haute tension électrique (30.000 volts sur la ligne Challe) sans oublier différents types de mines. Des rumeurs circulèrent sur ce matériel qui aurait abouti en Israël où il aurait été utilisé comme barrière de protection contre les Palestiniens.

750 km de barbelés, de grillage, de piquets et de tout le système électrifie qui va avec. Il y avait de quoi faire ! Achetés au dinar symbolique et revendus à des millions de dollars, voilà de quoi faire de Zeggar le premier milliardaire de l’Algérie indépendante. Mais ce milliardaire, diront certains, n’était que le prête nom de Houari Boumediene, qui avait besoins d’argent pour financer les activités extérieures de ces agents secrets.

D’ailleurs et à ce propos, après la mort de Boumediene, Kaïd Ahmed a révélé que le défunt avait un compte bancaire en Amérique de 17 milliards de l’époque, fruit de juteuses commissions perçues par Zeggar, lequel, comme chacun le sait, avait le quasi-monopole du commerce extérieur. Kaïd Ahmed fut, pour ces déclarations, poursuivi en justice devant le tribunal de Paris le 31 janvier 1990, par la veuve du président Boumediene.  Donc, argent personnel ou argent devant servir aux activités liées à l’Etat Algérien, cette question restera sans réponse. Mais curieuse coïncidence, Kaïd Ahmed décéda au Maroc à la même période dans des conditions … mystérieuses ?

Patriote infatigable, Zeggar qui, après l’indépendance du pays, s’est reconverti aux affaires,« importateur de feux d’artifices par bateaux entiers », fut l’un des artisans majeurs de ce qui a été appelé la diplomatie parallèle. La diplomatie de l’ombre qui caractérisait, dans des proportions importantes, l’action diplomatique algérienne dans le monde, explique la place qu’occupait l’Algérie dans le concert des nations.

De par ses relations avec les personnalités américaines, dont Georges Bush Senior qui, pendant sa compagne électorale se déplaçait dans l’avion personnel de Zeggar ; il put déjouer plus d’un coup contre l’Algérie, telle la menace de frappe des USA contre l’Algérie en 1967, où la sixième flotte américaine lorgnait du côté de Cherchell, ainsi que la tentative d’assassinat d’un Président arabe. Zeggar accompagnait les orientations patriotiques de Boumediene, dans les domaines politique et économique. Il lui a été d’une grande aide au moment où Boumediene avait décidé de nationaliser les hydrocarbures. C’est dans ce contexte que Zeggar avait prouvé tout son savoir-faire, en allant arracher la neutralité des USA, dans la guerre qui opposait l’Algérie à la France dans cette affaire.

La Sécurité Militaire  est employée non seulement dans le musellement de l’opposition, mais aussi dans le renseignement à même d’éclairer la politique de Houari Boumediene. Cela est d’autant plus vrai qu’à peine au pouvoir, son premier but est de nationaliser les richesses du sous-sol dont l’exploitation était assurée jusque-là par des entreprises détenues majoritairement par des firmes étrangères. De ce point de vue, la question relative à la nationalisation des hydrocarbures était devenue, dans l’esprit du chef de l’Etat algérien, une « véritable obsession ».

En plein conflit israélo-arabe en 1967, Boumediene décide de gérer l’après-rupture des relations diplomatiques avec les Etats-Unis. Par solidarité avec les « pays frères » et pour se doter d’une stature populaire dans le monde arabe et auprès de la rue algérienne, il coupe officiellement les ponts avec Washington mais il sait, par ailleurs, que s’il a beaucoup à gagner d’une telle position en terme de pouvoir, il perd énormément sur le plan économique puisque les Etats-Unis subventionnent certains produits agricoles de première nécessité, importés par l’Algérie, et accordent à ce pays fraîchement indépendant un certain nombre d’aides et autres crédits, notamment dans le cadre de ce qui fut appelé à l’époque le programme « Food for peace ». Ces facilitations avaient permis aux Algériens de recevoir entre 1962 et 1963, en aides alimentaires, de quoi nourrir 4 millions de personnes.

Le président algérien choisit alors de faire preuve d’un extraordinaire cynisme qui l’incite à adopter un double discours et à jouer ainsi sur deux tableaux. Dans la forme, la prose présidentielle est « anti-impérialiste », sévère à l’égard de l’hégémonie américaine qui de surcroît soutient « l’ennemi sioniste ». Boumediene décide, en même temps, de prendre le contrôle de plusieurs entreprises pétrolières présentes dans le sud du pays, en les mettant sous tutelle algérienne : El Paso, Mobil, Shell, Esso, etc.

Dans les coulisses, c’est une autre histoire. Messaoud Zeggar, alias Rachid Casa, théoriquement démobilisé des services du MALG, entretient une diplomatie parallèle en direction des Etats-Unis, suite à laquelle, il va renseigner Boumediene sur les réalités de la vie politique américaine. Le chef de l’Etat algérien a ainsi accès à des informations non bureaucratisées, émanant d’une source indépendante des appareils officiels.

Zeggar a les moyens de mener sa mission

S’étant lancé dans le monde des affaires florissantes, il est très bien introduit dans le milieu très sélect qui renferme tous ceux qui comptent à Washington : secrétaires d’Etat, sénateurs, agents de la CIA, businessmen, magnats des médias, etc. Il fréquente le gouverneur du Texas, John B. Connally, le milliardaire David Rockefeller, le futur patron de la CIA et futur Président Georges Bush Senior, l’astronaute Frank Borman ou le ministre de la Justice sous Nixon, Richard Kleindienst. De plus, l’homme pèse lourd financièrement. Sa fortune personnelle est alors estimée à plus de 2 milliards de dollars del’époque. Ce n’est pas rien pour un Algérien dont le pays est indépendant depuis à peine cinq ans. En réalité, Rachid Casa est chargé de jouer le rôle de pivot du lobby que Boumediene est en train de constituer afin de défendre les intérêts algériens à Washington malgré l’absence de relations diplomatiques. Il doit financer les déplacements officieux de certains responsables, les prendre en charge durant leur séjour et les mettre en relation avec des décideurs américains. Des contrats importants sont signés à cette époque et plusieurs sources affirment que Messaoud Zeggar touche systématiquement de fortes commissions avec l’accord de Boumediene, pour financer ses propres activités et alimenter, par ailleurs, une « caisse secrète » dont pourrait disposer le Président pour mener à bien sa politique, surtout celle qui vise à subventionner et à aider des mouvements dits« révolutionnaires » aux quatre coins de la planète.

Rachid Casa aurait même participé au financement des campagnes électorales de certains candidats, notamment ceux briguant un siège au Congrès. Messaoud Zeggar peut compter sur l’appui de celui qui est le premier ambassadeur d’Algérie à Washington : Chérif Guellal qui a présenté ses lettres de créances à J.F. Kennedy en juillet 1963 et dont il est devenu l’un des proches. L’ambassadeur connaît lui aussi du beau monde aux Etats-Unis. Ami des politiques, des grands noms du journalisme, de l’establishment économique et des stars du showbiz, Guellal a ses entrées partout. Il est très lié aux frères Kennedy et entretiendra de très bonnes relations, par la suite, avec Lyndon B. Johnson. Lors de la rupture des liens diplomatiques, Chérif Guellal est évidemment contraint de laisser son poste d’ambassadeur mais Boumediene, qui connaît ses capacités d’entrisme au sein du sérail américain, le nomme représentant, aux Etats-Unis, de la société pétrolière algérienne Sonatrach. Ce célibataire séducteur aux allures de play-boy italien a tout pour plaire. Il vit d’ailleurs avec Yolande Betbeze, Miss America 1951, mais surtout veuve du patron de la maison de production hollywoodienne Twentieth Century Fox.  Le duo formé par Zeggar et Guellal va réaliser, en pleine guerre du Vietnam, un geste que les responsables de Washington ne manqueront pas d’apprécier.

En effet, à la faveur des relations entretenues par Boumediene avec les Vietnamiens, les deux intermédiaires fourniront à leurs amis la liste des prisonniers américains détenus au Vietnam. Grâce à cette opération, Messaoud Zeggar obtiendra pour l’Algérie de grandes quantités de blé subventionnées par les Etats-Unis.

IIIème partie

Dans ce contexte et confiantquant à la réaction américaine en cas de nationalisation, Boumediene décide d’engager des négociations avec les autorités françaises au sujet de l’exploitation des hydrocarbures. Celles-ci sont tendues. De plus, un jugement sévère a été prononcé en Algérie contre des ressortissants français accusés d’espionnage. D’un autre côté, Georges Pompidou ignore que son homologue algérien s’apprête à nationaliser et ce, même si l’information circule sous forme de « rumeur » depuis plusieurs mois dans les milieux bien renseignés. Ses véritables intentions sont traitées en secret d’Etat. Seuls Belaïd Abdesselam, ministre de l’Industrie, Merbah, le patron de la Sécurité Militaire, Sid Ahmed Ghozali, à la tête de la Sonatrach, et quelques-uns de ses plus proches collaborateurs sont mis au courant. Les mieux informés apprendront sa volonté de nationaliser les hydrocarbures quelques semaines seulement avant l’annonce officielle.

Ces négociations à plusieurs rounds entamées dès 1965 s’éternisent. Kasdi Merbah et son adjoint chargé du renseignement extérieur s’emploient, de leur côté, à obtenir un maximum d’indications sur les intentions françaises. Il leur faut évaluer la réaction de Paris en cas de nationalisation. Pour ce faire, ils font appel à un avocat algérien assez atypique ayant ses entrées ici et là et notamment auprès de la gente féminine. Ce profil les intéresse d’autant plus qu’il s’agit en réalité d’un de leurs hommes. Son nom, Rachid Tabti, mais d’aucuns l’appellent tantôt« Richard » tantôt « Tony ». Il est, depuis le début des années 1960, avant l’indépendance de l’Algérie, très bien introduit en France. Ancien boxeur, cascadeur à ses heures dans des séries ou des films d’action, l’avocat séduit autour de lui. En fait, cet homme aux allures de dandy militait déjà au sein du Mouvement national au cours des années 1950 et il deviendra, plus tard, un élément de la Sécurité militaire. Un lieutenant qui sera affecté, dès 1965, au service « B2 », commandé alors par Noureddine Zerhouni alias Yazid. Détaché auprès du ministère des Affaires étrangères en septembre 1963, il aura pour mission de se rendre à Paris afin  de faire du renseignement, notamment sur les questions liées aux échanges économiques. Son diplôme d’avocat et ses multiples hobbies devant lui servir de couverture pour ouvrir un cabinet et s’intégrer dans la haute société française. Pour passer inaperçu, il est officiellement radié du corps de la diplomatie depuis janvier 1965. Cette radiation n’est cependant rendue publique qu’en mars 1966 alors que Tony est déjà à Paris depuis plus d’un an. Ses conquêtes féminines sont nombreuses et l’une d’entre elles est particulièrement intéressante pour les services algériens.Rachid Tabti, âgé alors de 36 ans, fréquente depuis plusieurs mois l’assistante du diplomate Jean-Pierre Brunet, le directeur des Affaires économiques et financières au Quai d’Orsay, mais surtout administrateur d’ERAP, l’entreprise qui exploite, pour le compte de la France, les gisements pétroliers et gaziers en Algérie. Grâce à cette relation très intéressée, entretenue durant plus de deux années, par Rachid Tabti avec Béatrice Halegua,la secrétaire de Jean-Pierre Brunet, les courriers confidentiels et les notes d’analyse que s’échangent les négociateurs français finissent, quelques jours plus tard, sur les bureaux des commandants Noureddine Zerhouni et Kasdi Merbah, pour atterrir ensuite dans le parapheur de Houari Boumediene. Plus de 4.000 documents secrets sont ainsi acheminés vers Alger.

Celui qui était appelé Tony les remet à l’un de ses collègues, Boumaza Ouali alias Tayeb, resté en retrait et entretenant une cellule chargée d’effectuer la navette entre les deux capitales.C’est un hôtel situé dans le 12e arrondissement de Paris, géré par un Algérien, Mustapha, qui sert de  boîte aux lettres.C’est là que Tabti vient déposer, plusieurs fois par semaine, les documents qu’il récupère auprès de sa belle afin que ceux-ci soient acheminés rapidement vers Alger. Cette action est cruciale pour la partie algérienne. Elle a pu évaluer ainsi les conséquences d’une nationalisation en ayant régulièrement, à travers les pièces officielles qu’elle analysait, un aperçu sur l’état l’esprit des autorités françaises.

Le 24 février 1971 en fin d’après-midi, Houari Boumediene annonce que toutes les richesses du sous-sol algérien sont nationalisées. Il s’agit alors d’une prise de contrôle de 51% des sociétés pétrolières françaises qui décideront finalement de céder la totalité de leurs parts et de quitter l’Algérie. Seul Total préférera poursuivre ses activités.

A partir de là, Boumediene va doter la Sonatrach de tous les moyens pour en faire une très grande firme. L’une des plus importantes au monde. Elle deviendra très vite un mastodonte de la planète hydrocarbures.En vérité, Houari Boumediene vient d’opter pour une logique de radicalisation quant aux choix stratégiques dans le but de garantir à son régime un maximum de stabilité. Il se démarque ainsi du bricolage de son prédécesseur. Sa vision consiste alors à faire accroître les ressources de l’Etat afin de mettre en application une politique intérieure à même de pérenniser le système et de donner naissance à une diplomatie qui lui permettrait de briller sur la scène internationale en se présentant comme un interlocuteur sérieux, valable et incontournable.Cette réalisation -qui restera sans conteste l’œuvre majeure du règne de Boumediene- et, par ailleurs, l’ensemble de sa stratégie seront vécus comme un coup de tonnerre dans les milieux politiques et diplomatiques français. L’Elysée décide de boycotter les hydrocarbures et les vins de son ancienne colonie. Pendant ce temps, les autorités algériennes choisissent, quant à elles, de dégager la monnaie locale, le dinar algérien, de la zone du franc français. De plus, la diplomatie parallèle, engagée par Boumediene, a porté ses fruits. Un mois après la nationalisation des hydrocarbures et alors que les relations algéro-françaises sont au plus bas, le président Nixon rend publique une lettre personnelle adressée au chef de l’Etat algérien, dans laquelle,le locataire de la Maison Blanche annonce que les Etats-Unis sont prêts à « établir des relations diplomatiques normales avec l’Algérie quand elle le désirera ».

Si les négociateurs sont surpris d’une telle décision, les enquêteurs de la DST, Direction de la surveillance du territoire (le contre-espionnage français) ne le sont, eux, qu’à moitié. Ils surveillent depuis un moment Rachid Tabti et sa relation avec la secrétaire de Jean-Pierre Brunet. Cette dernière ainsi que les deux espions algériens seront arrêtés. Tabti est interpellé chez lui durant l’année 1970, quelques mois avant la nationalisation.Il a été filé et mis sur écoute durant de longues semaines. Mais lorsque les services français découvrent son véritable rôle, les dés sont déjà joués. Tabti et Ouali seront alors condamnés respectivement à dix et huit ans de prison pour « intelligence avec une puissance étrangère ». Béatrice Halégua, l’assistante du patron del’ERAP, écopera, quant à elle, de « cinq ans de prison avec sursis», le tribunal ayant considéré qu’elle était de « bonne foi » et qu’elle fut tout simplement abusée par son amant-espion dont elle était éperdument amoureuse. Les deux hommes de la Sécurité militaire algérienne effectueront un séjour de deux ans de détention avant d’être discrètement échangés contre cinq agents du SDECE arrêtés, en Algérie, pour les mêmes motifs.

Suite et fin au prochain article...

 

 

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