14 février 2012 2 14 /02 /février /2012 12:25

La classe politique du pays, toute entière, s'est mise à frémir depuis que son premier personnage s'est laissé aller à des confidences exclusives. Chacun s'imagine dans la peau du futur prince du foutoir Algérie.

Bouteflika aurait convoqué, dernièrement, les chefs de ses deux chorales – Belkhadem, SG du FLN et Bensalah, président du Sénat – le 4 février dernier pour leur expliquer qu'il avait eu les yeux plus gros que le ventre lorsqu'il avait, avec une férocité sans pareil, imposé un troisième mandat aux Algériens. Il serait, aujourd'hui, malade, laminé, ecoeuré et il souhaiterait se retirer après avoir béni une dernière assemblée de béni-oui-oui qui émanera des législatives prévues entre le 1er et le 10 mai prochain et organiser un ultime référendum sur la Constitution. Nous osons espérer qu'avant de prendre sa retraite, chez lui, au Golfe ou en Suisse, qu'il rendra quelques comptes sur ce qu'il n'a pas fait chez nous, en Algérie. Les Algériens dont il a raboté tant de libertés et qu'il a saoulés avec de vaines promesses lui disent Chiche !

La classe politique du pays, toute entière, s'est mise à frémir depuis que son premier personnage s'est laissé aller à ces confidences exclusives. Chacun s'imagine dans la peau du futur prince du foutoir Algérie. Saïd Bouteflika, frère et conseiller spécial de Si Abdelaziz semble avoir ravalé ses ambitions. Pourtant, nous dit-on, il n'a pas tout à fait rangé ses flèches et carquois. "Dieu nous en préserve !", doivent se dire les millions de victimes de la mafia, parrainée par notre playboy déclinant de président …

Au moment où les deux tiers du territoire et de la population se sont retrouvés figés comme des sculptures de glace, par un froid sibérien, au moment où quarante-six Algériens trépassaient, Boutef a trouvé le temps de s'adresser sur sa chaîne aux sinistrés de cet hiver maudit pour les conjurer de se rendre en masse aux urnes lors des prochaines législatives. À l'instar des enfants auxquels on promet des ballots de jouets, à la veille de l'Aïd ou de Noël, il a fait miroiter au peuple un surcroît de démocratie en lui annonçant l'élargissement du rang de ses représentants : à partir de la prochaine législature il y aura soixante-treize pisseurs dans le sable supplémentaires à l'assemblée nationale ! Voilà qui a dû réjouir les dizaines, voire centaines de milliers de compatriotes, isolés sur des promontoires piégés par la neige et les glaces tenaillés par le froid et la faim, lovés dans le noir le plus total, abandonnés à tous le périls par ceux-là même qui n'éprouvent aucune difficulté à les atteindre lorsqu'il s'agit d'aller éteindre, à coups de balles réelles, quelques velléités de contestation.

L'inanité de ce pouvoir n'a, décidément, d'égales que sa vilénie et sa lâcheté. On en veut pour preuve que ce nouvel impair, commis jeudi par la police des frontières à l'aéroport Houari Boumédiene. Sihem Bensedrine, directrice de radio Kalima à Tunis, militante des droits de l'Homme, ancienne exilée, opposante embastillée par Ben Ali, a été empêchée d'entrer en Algérie ou elle était attendue à un séminaire organisé par des ONG locales. Les seigneurs d'Alger n'ont pas encore avalé le fait que leur criminel d'ami ait été chassé par son peuple. Les cyber-révolutionnaires des pays "frères" leur donnent de l'urticaire. Le triomphe des jeunesses arabes leur fait entrevoir leur probable et incertain devenir. Le nouveau pouvoir tunisien qui a récupéré la révolution du Jasmin, jumeau de l'Algérien, continue, lui, d'enterrer dans des geôles secrètes, des centaines de harragas algériens disparus et en fait repêchés dans les eaux territoriales tunisiennes.

Les gouvernants flibustiers qui essaiment sur la rive sud de la Méditerranée et qui perdurent grâce à la complicité de leurs homologues du nord, valets des spéculateurs financiers, ignorent, sans doute, ce bon mot rapporté par Mouloud Mammeri: "On peut tromper tout le monde quelque temps, on peut tromper quelques uns tout le temps mais on ne peut pas tromper tout le monde tout le temps !".

La preuve nous est apportée par la fraîcheur des mots des chants et des corps qui se répand sur l'écran de "l'épée de bois", un cinéma du 5ème arrondissement (100, rue Mouffetard) où est projeté depuis mercredi La Place un film, une comédie musicale de résistance, réalisé par un jeune vieux démocrate, Dahmane Ouzid. Ils existent encore !

Meziane Ourad

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Published by The Algerian Speaker - dans Editos : let's go
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  • : Le nom de ce blog est sans doute évocateur de notre "nachid el watani" tant décrié par le passé parce que, associé au pouvoir Algérien illégitime. Après des décennies de disettes. Je voudrais faire de cet espace, un coin où tous mes compatriotes et autres amoureux de libertés, de démocratie, ou tout simplement d'histoire pourraient s'exprimer librement. En ce sens, nous vous souhaitons la bienvenue. En hommage à Nacer Hachiche, repose en paix et à bientôt !
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