25 avril 2013 4 25 /04 /avril /2013 08:50

hichem-aboud.jpgLe directeur du quotidien national d’information Mon Journal, Hichem Aboud, invité au forum Les Rencontres d’El Watan, dont les propos ont été repris hier sur deux pages du quotidien du même nom, met à nu certaines vérités comme on pèle une banane. En parfait connaisseur des rouages du système en Algérie, Hichem Aboud n’a pas ménagé ses propos pour dire haut et fort ce que certains n’osent pas. Le journaliste et directeur du journal est allé, par là même, éclairer la lanterne du citoyen lambda en levant le voile sur des zones d’ombre où diables et anges se livrent une guerre sans merci. Un scénario que certaines parties ont toujours voulu entretenir dans l’intérêt de desseins opaques. Oser. L’auteur de La Maffia des Généraux, en Chaoui à la tête, comme il le dit à ses interlocuteurs lors de cette rencontre, l’a déjà prouvé en promettant encore d’autres révélations sur plusieurs personnalités algériennes qui s’entourent d’aura sans faille alors que la réalité est toute autre. Pour revenir aux Rencontres d’El Watan et en réponse à une question portant sur la puissance de l’armée algérienne, celui qui a été directeur de cabinet du général Lakhal Ayat considère qu’elle aurait été mythifiée. Hichem Aboud estime, d’ailleurs, à travers ses propos, que le pouvoir que l’on prête au général Toufik, de son vrai nom Mohamed Medienne, chef du Département du Renseignement et de la Sécurité (DRS), est exagéré. « En Algérie on vous prête souvent plus de puissance que vous n’en méritez et plus que vous en avez. Le général Toufik est un mythe, au même titre que le colonel Merbah à son époque », estime le directeur du quotidien Mon Journal. Et ceci n’est que le produit de l’opacité qu’entretient le système algérien pour permettre à certains de parvenir à leurs fins en s’appuyant sur des personnes prétendument superpuissantes, soutient l’intervenant à ces Rencontres. La lutte de clans qui déchirerait le système, Hichem Aboud refuse d’y croire. « Les gros poissons ne se mangent pas entre eux », dira l’auteur de La Maffia des Généraux, ajoutant : « Quand j’entends parler de lutte de clans entre Bouteflika et l’armée, cela me fait rire ». « Les décisionnaires ne font jamais la guerre. Certes, ils avancent leurs pions mais ils gardent des liens cordiaux », précisera-t-il. « Avant, il y avait une guerre de clans terrible. Aujourd’hui, les choses se sont calmées », dira M. Aboud, estimant que le pouvoir a évolué, passant d’un régime maffieux à un système opaque. Le système, tel qu’il fonctionnait sous Chadli, n’est pas le même que celui sous Bouteflika. Pour la simple raison qu’« entre un président qui déléguait tous ses pouvoirs et un autre qui tient tout entre ses mains et qui ne veut rien lâcher, il y a une sacrée différence », explique-t-il, soulignant, par ailleurs, que parmi ceux qui constituaient le cabinet noir de l’époque, beaucoup ne sont plus de ce monde. Revenant sur la position des responsables militaires au sein du système aujourd’hui, Hichem Aboud soutient qu’ « il n’y a que des technocrates. L’armée a été mise de côté. Des colonels et des généraux ne sont même pas informés de ce qui se passe ». Concernant la corruption, le système ne peut s’en départir puisqu’il s’y appuie, selon l’analyse de Hichem Aboud. « Avez-vous vu un ministre ou un grand nabab derrière les barreaux ? » questionne, à cet effet, l’orateur, promettant, par ailleurs : « Je vais sortir la grosse artillerie, avec des documents à l’appui ». « Mais une fois encore, il n’y aura rien », s’est-il désolé. A en croire le directeur du quotidien Mon Journal, les affaires de corruption dépasseraient même le DRS. Le DRS va enquêter, il fera des dossiers mais le reste n’est pas de son ressort ». Louant au passage la relative transparence du Département du renseignement et de la sécurité, le directeur du quotidien Mon Journal indiquera : « Au niveau du DRS, il y a des corrompus mais force est de reconnaître que dans l’affaire de l’autoroute Est-Ouest, le seul qui ait payé est bien l’agent du DRS. Il n’était pas corrompu, mais son commandement l’a tout de même sanctionné, estimant qu’il avait manqué de vigilance ». Le DRS se protège peut-être, mais « dans cette maison, il n’y a, à ce jour, pas de scandale financier autour du patron (du DRS, ndlr), ni de sa famille. Pourtant, tout le monde est aux aguets », indiquera-t-il. Ce qui fait dire à Hichem Aboud dans son constat final que le système a peut-être changé ces dernières années mais pas dans le sens souhaité.

 La presse est entre les mains de "begarra" 

 Abordant le monde de la presse, l’invité aux Rencontres d’El Watan dira, une année après avoir fondé le quotidien Mon Journal, qu’avant d’opter pour un exil forcé en France qui aura duré 18 ans, « mon ton libre les gênait, ma manière d’écrire, ma manière de voir les choses ». Mais ceci n’a aucunement altéré ni ses positions ni son esprit puisqu’il soutient garder aujourd’hui le même ton, le même style. « Je ne peux pas changer. J’ai été contraint à l’exil, car on a menacé mon intégrité physique. » a-t-il insisté. Même après son retour et pour la création du quotidien, Hichem Aboud indique que cela n’a pas été une sinécure. Mais dans le monde de la presse, créer un journal n’est pas une fin en soi. « Le problème n’est pas dans l’obtention d’un agrément. Il faut se faire une place dans cette jungle de titres qui viennent fausser le jeu par leur nombre. Les pouvoirs publics font tout pour que la presse soit entre les mains de maquignons. Pour que la presse ne puisse pas exercer le travail qui lui sied. C’est plus qu’une pollution médiatique », dénonce le directeur du quotidien Mon Journal. Ceci, bien sûr, sans avoir omis de mettre en exergue tous les dépassements et entraves qui guettent celui qui fait du journalisme sa profession, pas les « baggara ». « Aujourd’hui, on donne des agréments à des maquignons. », dénonce Hichem Aboud, révélant qu’il prépare un dossier sur la presse algérienne.

Aprés Raouraoua, le grand deballage

 Lors de ces Rencontres d’El Watan, Hichem Aboud a promis un grand déballage d’un nombre important de dossiers portant sur la corruption. Après les révélations sur Mohamed Raouraoua, président de la Fédération algérienne de football (FAF) et ex-commissaire de la manifestation Année de l’Algérie en France, parues dans le quotidien Mon Journal, Hichem Aboud promet d’autres «bombes » encore plus sonores dans lesquelles plusieurs personnalités seront touchées. Le dossier sur Raouraoua a été publié après l’assemblée générale de la FAF à l’hôtel Méridien à Oran, le 20 février dernier, le président de la FAF a, selon l’orateur, été destinataire de deux lettres, émanant du directeur du quotidien Mon Journal, lui demandant de répondre après la publication des articles, mais en vain. Hichem Aboud assure avoir quatre autres dossiers. Des noms sont cités : Media Algérie, une boîte qui sert d’intermédiaire entre le sponsor et l’équipe nationale de football, Meguedem, conseiller à la présidence de la République, Hamid Melzi, directeur de la résidence d’Etat EGT Sahel (Club des Pins, Moretti et Société d’investissement hôtelière, SIH). Le journaliste et directeur de quotidien, Hichem Aboud, n’épargne, apparemment, personne. Il a également évoqué l’existence de la corruption au sein de la police, de la Gendarmerie nationale et de la justice. « L’information fait mal. Eh bien tant pis pour eux ! », dira Hichem Aboud dans son intervention, invitant ceux qui lui reprochent de parler « de certains », de parler, à leur tour, des autres. Et lançant comme un vœu qu’il aurait aimé voir se réaliser, il dira à un moment de son intervention : « J’aimerais bien avoir le Président de mon côté, en m’attaquant à ces gens-là, en le prenant comme témoin, surtout qu’il a dit qu’il faut mener une lutte sans merci contre la corruption… C’est un système. Va chercher qui protège qui. »

 L'Algérie des dictateurs

Pour conclure Hichem Aboud parlera aussi de son livre La Maffia des Généraux, de la situation, des contraintes et des poursuites qu’il a vécues en cette période après la parution du pamphlet qui reste toujours interdit de vente en Algérie. Il parlera, aussi, de certaines personnalités et organisations politiques qu’il n’a pas hésité à écorcher au passage, comme ce fut le cas pour le FFS d’Aït Ahmed. Il a évoqué l’affaire Hasseni-Mecili. L’assassinat, les félonies, les magouilles, les concubinages et les concomitances qui ont entouré cette affaire. Concernant Bouteflika, l’invité d’El Watan dira qu’ « il a dépénalisé la corruption ». Quant aux dictateurs, Aboud Hichem soutient que « les plus grands dictateurs sont les chefs des partis de l’opposition ». A propos des dictateurs qui se sont succédé à la tête du pays, le directeur du quotidien Mon Journal promet de donner plus de détails dans son prochain livre, L’Algérie des dictateurs.

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  • : Le nom de ce blog est sans doute évocateur de notre "nachid el watani" tant décrié par le passé parce que, associé au pouvoir Algérien illégitime. Après des décennies de disettes. Je voudrais faire de cet espace, un coin où tous mes compatriotes et autres amoureux de libertés, de démocratie, ou tout simplement d'histoire pourraient s'exprimer librement. En ce sens, nous vous souhaitons la bienvenue. En hommage à Nacer Hachiche, repose en paix et à bientôt !
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