20 juin 2013 4 20 /06 /juin /2013 13:49

CARICATURE GAZ DE SCHISTEDepuis la publication de la carte des pays détenteurs de réserves de gaz de schiste par l’US Energy information Administration (EIA) et qui place l’Algérie en 3ème position mondiale que les dirigeants n’arrêtent pas de se délecter comme si le sol leur offre les solutions à tous les problèmes actuels et futurs.

     Abdelmalek Sellal et ses ministres ne disent pas tout sur la réalité économique du pays et ce qui nous attend dans un futur proche.

Or, l’Algérie ne souffre pas de problèmes de disponibilité de ressources mais celui de sa gestion et de son débouché. Cette nouvelle est plus triste que réjouissante pour au moins deux raisons. La première est que si tous les pays qui figurent sur la carte de l’EIA se mettraient à exploiter et développer le gaz de schiste, il ne resterait aucune part pour l’Algérie dans le marché gazier. La deuxième serait la dépendance éternelle des générations futures de ces ressources fossiles et demeureront victimes du syndrome hollandais. Faudrait-il continuer à chaque occasion de s’écarter des vrais problèmes et souffler le chaud et le froid au lieu de présenter des solutions sur le court et le moyen terme. Ainsi la Banque d’Algérie, par la voix de son gouverneur, vient encore une fois la semaine dernière de tirer la sonnette d’alarme sur la contraction des recettes pétrolières et le gonflement de la facture d’importation. Ensuite est venu le tour des rapports de la Banque mondiale et celui de la Statistical Review of Energy 2013 de BP pour montrer chiffres à l’appui le recul des performances pétrolière et gazière de l’Algérie.

D’un autre côté et dans toutes ses sorties médiatiques, le ministre de l’Energie et des mines algérien se montre extrêmement rassurant. Pour lui le bouleversement des données fondamentales que connaît le marché du gaz est tout à fait normal et n’a aucune conséquence en perspective sur les contrats avec les partenaires de l’Algérie. En d’autres termes, les pressions de la part des firmes italiennes, Espagnoles et autres que subit actuellement Sonatrach pour baisser son prix et le déconnecter de celui du pétrole ne risquent en cas d’aboutir. Il annonce à l’occasion que l’Algérie est sur le point de mettre en production l’une du plus grande découverte jamais réalisée depuis plus de 50 ans et pas très loin du géant Hassi R’mel. Commentant le rapport  2012 de l’AIE qui annonce un déclin de la production des principaux gisements pétroliers et gaziers de l’ordre de 0,4% entre 2014-2018 et qui pourrait lourdement affecter les recettes en devises à cet l’horizon, il dira que cet épuisement est logique étant donné l’ancienneté des gisement et que tout est mis en œuvre pour renverser cette tendance par de nouvelles découvertes. Pourtant, c’est lui même qui en janvier et février n’a pas manqué d’alerter l’opinion publique sur le modèle de consommation interne qui par sa croissance d’année en année va obliger l’Algérie de mobiliser toutes les formes de ressources énergétique si elle ne veut devenir importatrice net d’ici 2020. Le premier ministre semble, même s’il vient juste de prendre les commandes suivre cette prudence quitte à déroger à certaines règles pour contredire son ministre des finances qui lui prône la rigueur dans la distribution des revenus et surtout de ne pas céder à la pression de la rue. Les opérationnels comme le PDG de Sonatrach qui sont directement sur le terrain avouent leur impuissance à peser sur le marché du gaz face à l’effondrement des prix et surtout à la récession économique de l’Europe qui restreint la demande et donne ainsi aux clients traditionnels de Sonatrach la possibilité d’exiger d’elle plus de coopération et de compréhension sinon ils se tourneraient ailleurs. Les experts étrangers, amis de l’Algérie et surtout Européens, ne veulent pas offusquer les officiels, analysent et concluent à ce que ces derniers veulent bien entendre.  Pour eux, la Sonatrach est dans une position confortable par le simple fait que ses recettes d’exportation soient supérieures à ses besoins budgétaires. Mais quand vous les abordez sur la dimension temporelle de cette tendance, ils disent qu’elle risque de durer, pour combien de temps ? Il y a très peu de visibilité. En tout cas assez de temps pour que l’Algérie aura entièrement consommé ses réserves sans pour autant exploiter un iota des autres ressources. Pourquoi ? A en croire ces officiels, le gaz de schiste à l’horizon de 2040 et une centrale nucléaire en 2025. Face donc à cette masse compacte d’informations contradictoires, le citoyen concerné est dérouté. Pourtant il y a des faits incontournables. Y aurait-il manipulation d’information ? Dans quel but ? Quels sont ces faits ? Et que doit connaître le citoyen  algérien ? 

1- L’hypothèse de base

Il faut rappeler d’emblée que Sonatrach est une société par action (SPA) dont toutes les parts appartiennent à l’Etat. Elle n’a pas d’associés. Elle a des objectifs politiques, celui de servir d’instrument au développement national. Il est tout à fait naturel que celui qui la dirige obéit plus à des impératives politiques que celles économiques. Depuis sa création, ce mastodonte a su assumer ces contradictions sans pour autant les faire apparaître au grand public. Donc les contradictions qui se sont apparues récemment entre le ministre et le PDG de Sonatrach relève désormais de l’amateurisme managérial et un manque de stratégie de communication. On a vu défiler sans les citer plusieurs PDG à Sonatrach qui sont partis de leur propre chef ou limoger pour ne pas avoir supporter que l’Etat s’immisce dans les affaires internes de l’entreprise pour la simple raison que leur position les font oublier qu’il est propriétaire et le seul garant de cette vache à lait. Donc de nombreux experts de l’étranger ne conçoivent, voire ne tiennent pas compte de ce fait dans leur analyses et donc trahi leur complaisance pour des raisons souvent lucratifs (consulting, vente de service, recherche une entrée dans les entreprises du groupe Sonatrach etc.) 

2-Circonscrire une fois pour toutes le problème économique de l’Algérie

Même si la démarche économique entreprise après l’indépendance reste historiquement et idéologiquement discutable (01), il existe une unanimité sur le fait que les changements opérés par les différents gouvernements qui se sont succédés sur le modèle de développement ont échoué. Cet échec a extrêmement fragilisé l’économie nationale et la rendue fortement dépendante de facteurs exogènes dont le contrôle échappe complètement aux décideurs. Il s’agit de prix du baril sur lequel on indexe celui du gaz, le cours du dollar, montant de la facture de vente des hydrocarbures et enfin les conditions de pluviométrie qui régule la facture alimentaire. Il est donc tout à fait normal que l’Algérien s’intéresse plus que tout autre à l’évolution du marché gazier pour drainer des devises nécessaires à son développement et s’enquérir de la santé du dollar.

En 2012, les exportations algériennes hors hydrocarbures ont totalisé 2,18 milliards de dollars, soit 3% de la valeur globale des exportations. Ce pourcentage tombe à 1,1% si on en retranche celles réalisées par Sonatrach (hydrocarbures) et Fertial (ammoniac) (01). Quatre entreprises réalisent 83% de ces exportations. Sonatrach a exporté pour 935 millions de dollars de produits dérivés des hydrocarbures en 2012, contre 481 millions de dollars pour Fertial (ammoniac). Somiphost (phosphates) et Cevital (sucre) sont les deux autres exportateurs importants dont les montants restent relativement marginaux eu égard aux chiffres globaux des exportations. Pour arriver à cette performance médiocre, le consommateur Algérien se prive des belles dattes qu’elle met à`la disposition du marché européen pour une facture ne dépassant pas les 25 millions de dollars, les truffes pour 8 et 3 pour l’échalote. L’ancien « Grenier de Rome »  n’exporte en total que pour 34 millions de produits agricoles pour payer une facture alimentaire de plus de 8 milliards de dollars. Ce qui est très inquiétant c’est que malgré leur poids dans le PIB et les recettes extérieures de l'Algérie, les hydrocarbures n'ont pas d'impact sur le fonctionnement de l'économie. En effet, plus le temps passe, plus ce secteur fortement capitalistique consomme la rente qu’il procure. En trente ans selon le ministre de l’énergie et des mines (03), c’est á dire de la nationalisation jusqu’à l’arrivée de Bouteflika au pouvoir, plus de 800 milliards de dollars ont été pompés dans ce secteur et pour quel résultat ? Aujourd’hui, les incertitudes sur l'avenir des gisements en cours d'exploitation poussent à investir davantage dans l'exploration, ce qui provoque une situation inédite. Les investissements du secteur de l'énergie devraient dépasser les 100 milliards de dollars à l'horizon 2017, mais leur impact sur l'économie restera marginal. Ce qui crée un véritable malaise, avec cette impression que le monde des hydrocarbures est totalement non seulement déconnecté du reste de l'économie algérienne mais éloigne de plus en plus la possibilité de trouver une alternative à cette rente dans des délais raisonnables. En plus, ces dernière années deux événements majeurs viennent aggraver cette situation de l’Algérie, au demeurant inconfortable. Le premier est la consommation interne en gaz pour la production de l’électricité et en carburant pour faire face à un parc automobile incontrôlable ne cessent de croître pour atteindre des proportions inquiétantes qui a contraint Sonatrach à importer  plus de 2,3millons de tonnes en 2011, en hausse de 78% par rapport à 2010  afin de satisfaire le marché national (04). Le deuxième est cette révolution du gaz de schiste aux Etats-Unis qui a obligé pour la première fois Sonatrach à baisser le prix de son Sahara Blend de prés de 85 cents pour pouvoir le vendre car le pétrole de schiste a atteint les qualité de légèreté et charge en souffre dont bénéficiait le pétrole Algérien sur la Côte Est des Etats-Unis (05). Il faut préciser toutefois que l’Algérie tire du marché Américain prés de 18 milliards de dollars dont 96% en hydrocarbures (06). La réalité est qu’aujourd’hui le marché américain lui échappe par ses barrières évidentes. En effet tout porte à croire que la position algérienne reste constante et se déconnecte de plus en plus des réalités du marché. En Europe et en dépit de la concurrence, elle peut faire valoir ses atouts de proximité mais sa position demeure l’otage de deux paramètres qui lui sont propres : sa dépendance vis-à-vis des revenus qu’elle tire de  exportations des hydrocarbures avec lesquelles elle importe pour près de 80% des besoins de la population et des entreprises. Ensuite elle reste aussi tributaire de sa dépendance de la consommation interne par les volumes de pétrole et de gaz qu’elle devra lui réserver. Sur le court terme, plus elle maîtrise ces deux paramètres, plus à l’aise elle  mettra en œuvre son programme long terme qu’on examinera plus loin.                                                                                                

3- Situation des acteurs du marché pétrolier et gazier    

Il faut souligner au départ que si l’on se réfère aux données du Centre National de l’Informatique et des Statistiques (CNIS) de la douane dans ses rapports de 2008 au premier trimestre 2013, on se rendra compte que Sonatrach et à travers elle l’Algérie exporte en volume plus de gaz que de pétrole et cette tendance est confirmée par les investissements dont bénéficie cette branche en amont et en aval. En dépit de l’erreur commise par le PDG de Sonatrach qui estime les réserves prouvées de gaz à 2 trillions de m3 alors qu’en réalité ils sont  plus de deux fois cette quantité (07),l’ Algérie ne pèsent pas lourd sur l’échiquier international. En effet, trois pays, la Russie (35%), l’Iran (15%) et le Qatar (10%), totalise à eux seuls 50% des réserves mondiales. Le continent asiatique où la croissance semble se maintenir est tout prêt du Qatar qui bradera son gaz pour ne pas laisser l’Algérie pénétrer ce marché et, ceci sans tenir compte du gaz de schiste de bonne qualité qui arrive au Japon et bientôt le charbon de l’Australie en Chine, pays très peu soucieux de l’environnement. La Russie a déjà investi dans les conduites North Stream et le South Stream, totalement opérationnels à partir de 2015. Son retard sur de nombreux projet comme le Galsi (08) rétréci son champs d’intervention et l’étrangle face à ces contraintes internes.                                                                                    

4- Situation du marché traditionnel de l’Algérie

Le marché gazier européen est en déprime et le sommet des 27 le 22 mai dernier a mis en exergue les contraintes qui retarde une politique commune de l’énergie entre autres l’exploitation et le développement de schiste. Bien qu’ils se soient engagés à donner plus de poids dans leur bouquet énergitique aux énergies renouvelables d’ici 2020, des pressions politiques poussent à limiter les coûts notamment de l’énergie éolienne et du charbon. Revenir à redémarrer les centrales à charbon pour produire de l’électricité reviendrait à obliger le consommateur de payer plus chère sa facture de l’électricité ce qui enflammerait le climat social. En effet, la production d’un Mégawatt/h d’électricité dans une centrale à dégage 0,38t de CO2 contre 0,99 t dans une centrale à charbon. Si l’on estime (09) un prix d’émission de 25 euros/t, on s’approchera à 15 euros le Mégawatt/heure qu’il faudra ajouter dans la facture du citoyen européen. Connaissant les difficultés de l’hivers dernier, est-ce qu’il pourra la supporter ? Donc la bonne nouvelle pour l’Algérie c’est que le gaz continue d’avoir un avenir en Europe dont de nombreux membres sont sceptiques au gaz russe malgré les investissements consentis. C’est pour cela qu’il faudrait s’accrocher pour aboutir à un accord long terme avec la communauté européenne quitte à faire des concession sur le prix.                                                                                                    

5- Perspectives économiques de l’Algérie face à cette situation

Sans rentrer dans les détails et en se limitant uniquement aux documents officiels fournis par le gouvernement en place, on peut déduire que pratiquement tous les secteurs de l’économie nationale sont demandeurs en perspective de capitaux sans aucun espoir de retour sur investissement ni sur le court ni sur le moyen et encore moins sur le long terme. Le secteur de bâtiment veut arriver à un million de logement, celui de l’éducation au sens large du terme doit faire face aux 900 000 algériens qui viennent chaque année (10), le secteur industriel englouti annuellement des sommes considérables sans pouvoir se relever de sa chute, le tourisme s’effrite,  plus de 200 000 demandes d’emploi de diplômés s’ajoutent à la liste des chômeurs le secteur privé fait pression pour avoir accès à la manne financière alors que l’ONS dans son évaluation relève que sur 957 718 entités recensées prés de 90% sont versées soit dans le commerce soit dans les services d’utilité discutables etc. Donc en résumé, on constate que même dans des perspectives à  long terme, le poids est mis sur les hydrocarbures pour mettre à la disposition du secteur des fonds nécessaires pour les besoins divers et s’autofinancer pour augmenter les réserves en hydrocarbures voire même d’autres sources d’énergie. Seules les orientations du ministère de l’énergie et des mines semblent « si elles se réalisent » porteuses de fruits. Il s’agit d’abord d’introduire d’autres formes de production d’électricité que celle produite par le gaz. Pour rappel, 96% de l’électricité est produit à partir du gaz en Algérie. Sur le moyen terme, poursuivre les efforts d’efficacité énergétique pour limiter le gaspillage et arriver à une certaine vérité des prix pour une certaine catégorie de consommateurs. Ensuite intensifier les efforts d’investissement pour valoriser les réserves des ressources fossiles, s’attaquer en troisième phase aux .énergies renouvelables enfin et aux alentours de 2025, construire carrément une centrale nucléaire. Malheureusement tous ces programmes demandent du temps pour se réaliser alors que tous les acteurs concernés en perdent dans débats stériles.                    

Rabah Reghis, consultant et économiste pétrolier                                                                                                             

Renvoi  

01- Lire les détails dans notre contribution parue au quotidien El Watan du 15  septembre 2012

02- Association Algérienne des Exportations, rapport 2012

03- le MEM au forum d’El Moudjahid du mois de février 2013  

04- voir le bilan de Sonatrach de 2011 disponible sur leur site

05- Information publiée le 30 mai 2013 par l’agence Bloomberg

 

Depuis la publication de la carte des pays détenteurs de réserves de gaz de schiste par l’US Energy information Administration (EIA) et qui place l’Algérie en 3ème position mondiale que les dirigeants n’arrêtent pas de se délecter comme si le sol leur offre les solutions à tous les problèmes actuels et futurs.

Abdelmalek Sellal et ses ministres ne disent pas tout sur la réalité économique du pays et ce qui nous attend dans un futur proche. Abdelmalek Sellal et ses ministres ne disent pas tout sur la réalité économique du pays et ce qui nous attend dans un futur proche.

Or, l’Algérie ne souffre pas de problèmes de disponibilité de ressources mais celui de sa gestion et de son débouché. Cette nouvelle est plus triste que réjouissante pour au moins deux raisons. La première est que si tous les pays qui figurent sur la carte de l’EIA se mettraient à exploiter et développer le gaz de schiste, il ne resterait aucune part pour l’Algérie dans le marché gazier. La deuxième serait la dépendance éternelle des générations futures de ces ressources fossiles et demeureront victimes du syndrome hollandais. Faudrait-il continuer à chaque occasion de s’écarter des vrais problèmes et souffler le chaud et le froid au lieu de présenter des solutions sur le court et le moyen terme. Ainsi la Banque d’Algérie, par la voix de son gouverneur, vient encore une fois la semaine dernière de tirer la sonnette d’alarme sur la contraction des recettes pétrolières et le gonflement de la facture d’importation. Ensuite est venu le tour des rapports de la Banque mondiale et celui de la Statistical Review of Energy 2013 de BP pour montrer chiffres à l’appui le recul des performances pétrolière et gazière de l’Algérie.

D’un autre côté et dans toutes ses sorties médiatiques, le ministre de l’Energie et des mines algérien se montre extrêmement rassurant. Pour lui le bouleversement des données fondamentales que connaît le marché du gaz est tout à fait normal et n’a aucune conséquence en perspective sur les contrats avec les partenaires de l’Algérie. En d’autres termes, les pressions de la part des firmes italiennes, Espagnoles et autres que subit actuellement Sonatrach pour baisser son prix et le déconnecter de celui du pétrole ne risquent en cas d’aboutir. Il annonce à l’occasion que l’Algérie est sur le point de mettre en production l’une du plus grande découverte jamais réalisée depuis plus de 50 ans et pas très loin du géant Hassi R’mel. Commentant le rapport  2012 de l’AIE qui annonce un déclin de la production des principaux gisements pétroliers et gaziers de l’ordre de 0,4% entre 2014-2018 et qui pourrait lourdement affecter les recettes en devises à cet l’horizon, il dira que cet épuisement est logique étant donné l’ancienneté des gisement et que tout est mis en œuvre pour renverser cette tendance par de nouvelles découvertes. Pourtant, c’est lui même qui en janvier et février n’a pas manqué d’alerter l’opinion publique sur le modèle de consommation interne qui par sa croissance d’année en année va obliger l’Algérie de mobiliser toutes les formes de ressources énergétique si elle ne veut devenir importatrice net d’ici 2020. Le premier ministre semble, même s’il vient juste de prendre les commandes suivre cette prudence quitte à déroger à certaines règles pour contredire son ministre des finances qui lui prône la rigueur dans la distribution des revenus et surtout de ne pas céder à la pression de la rue. Les opérationnels comme le PDG de Sonatrach qui sont directement sur le terrain avouent leur impuissance à peser sur le marché du gaz face à l’effondrement des prix et surtout à la récession économique de l’Europe qui restreint la demande et donne ainsi aux clients traditionnels de Sonatrach la possibilité d’exiger d’elle plus de coopération et de compréhension sinon ils se tourneraient ailleurs. Les experts étrangers, amis de l’Algérie et surtout Européens, ne veulent pas offusquer les officiels, analysent et concluent à ce que ces derniers veulent bien entendre.  Pour eux, la Sonatrach est dans une position confortable par le simple fait que ses recettes d’exportation soient supérieures à ses besoins budgétaires. Mais quand vous les abordez sur la dimension temporelle de cette tendance, ils disent qu’elle risque de durer, pour combien de temps ? Il y a très peu de visibilité. En tout cas assez de temps pour que l’Algérie aura entièrement consommé ses réserves sans pour autant exploiter un iota des autres ressources. Pourquoi ? A en croire ces officiels, le gaz de schiste à l’horizon de 2040 et une centrale nucléaire en 2025. Face donc à cette masse compacte d’informations contradictoires, le citoyen concerné est dérouté. Pourtant il y a des faits incontournables. Y aurait-il manipulation d’information ? Dans quel but ? Quels sont ces faits ? Et que doit connaître le citoyen  algérien ? 

1- L’hypothèse de base

Il faut rappeler d’emblée que Sonatrach est une société par action (SPA) dont toutes les parts appartiennent à l’Etat. Elle n’a pas d’associés. Elle a des objectifs politiques, celui de servir d’instrument au développement national. Il est tout à fait naturel que celui qui la dirige obéit plus à des impératives politiques que celles économiques. Depuis sa création, ce mastodonte a su assumer ces contradictions sans pour autant les faire apparaître au grand public. Donc les contradictions qui se sont apparues récemment entre le ministre et le PDG de Sonatrach relève désormais de l’amateurisme managérial et un manque de stratégie de communication. On a vu défiler sans les citer plusieurs PDG à Sonatrach qui sont partis de leur propre chef ou limoger pour ne pas avoir supporter que l’Etat s’immisce dans les affaires internes de l’entreprise pour la simple raison que leur position les font oublier qu’il est propriétaire et le seul garant de cette vache à lait. Donc de nombreux experts de l’étranger ne conçoivent, voire ne tiennent pas compte de ce fait dans leur analyses et donc trahi leur complaisance pour des raisons souvent lucratifs (consulting, vente de service, recherche une entrée dans les entreprises du groupe Sonatrach etc.) 

2-Circonscrire une fois pour toutes le problème économique de l’Algérie

Même si la démarche économique entreprise après l’indépendance reste historiquement et idéologiquement discutable (01), il existe une unanimité sur le fait que les changements opérés par les différents gouvernements qui se sont succédés sur le modèle de développement ont échoué. Cet échec a extrêmement fragilisé l’économie nationale et la rendue fortement dépendante de facteurs exogènes dont le contrôle échappe complètement aux décideurs. Il s’agit de prix du baril sur lequel on indexe celui du gaz, le cours du dollar, montant de la facture de vente des hydrocarbures et enfin les conditions de pluviométrie qui régule la facture alimentaire. Il est donc tout à fait normal que l’Algérien s’intéresse plus que tout autre à l’évolution du marché gazier pour drainer des devises nécessaires à son développement et s’enquérir de la santé du dollar.

En 2012, les exportations algériennes hors hydrocarbures ont totalisé 2,18 milliards de dollars, soit 3% de la valeur globale des exportations. Ce pourcentage tombe à 1,1% si on en retranche celles réalisées par Sonatrach (hydrocarbures) et Fertial (ammoniac) (01). Quatre entreprises réalisent 83% de ces exportations. Sonatrach a exporté pour 935 millions de dollars de produits dérivés des hydrocarbures en 2012, contre 481 millions de dollars pour Fertial (ammoniac). Somiphost (phosphates) et Cevital (sucre) sont les deux autres exportateurs importants dont les montants restent relativement marginaux eu égard aux chiffres globaux des exportations. Pour arriver à cette performance médiocre, le consommateur Algérien se prive des belles dattes qu’elle met à`la disposition du marché européen pour une facture ne dépassant pas les 25 millions de dollars, les truffes pour 8 et 3 pour l’échalote. L’ancien « Grenier de Rome »  n’exporte en total que pour 34 millions de produits agricoles pour payer une facture alimentaire de plus de 8 milliards de dollars. Ce qui est très inquiétant c’est que malgré leur poids dans le PIB et les recettes extérieures de l'Algérie, les hydrocarbures n'ont pas d'impact sur le fonctionnement de l'économie. En effet, plus le temps passe, plus ce secteur fortement capitalistique consomme la rente qu’il procure. En trente ans selon le ministre de l’énergie et des mines (03), c’est á dire de la nationalisation jusqu’à l’arrivée de Bouteflika au pouvoir, plus de 800 milliards de dollars ont été pompés dans ce secteur et pour quel résultat ? Aujourd’hui, les incertitudes sur l'avenir des gisements en cours d'exploitation poussent à investir davantage dans l'exploration, ce qui provoque une situation inédite. Les investissements du secteur de l'énergie devraient dépasser les 100 milliards de dollars à l'horizon 2017, mais leur impact sur l'économie restera marginal. Ce qui crée un véritable malaise, avec cette impression que le monde des hydrocarbures est totalement non seulement déconnecté du reste de l'économie algérienne mais éloigne de plus en plus la possibilité de trouver une alternative à cette rente dans des délais raisonnables. En plus, ces dernière années deux événements majeurs viennent aggraver cette situation de l’Algérie, au demeurant inconfortable. Le premier est la consommation interne en gaz pour la production de l’électricité et en carburant pour faire face à un parc automobile incontrôlable ne cessent de croître pour atteindre des proportions inquiétantes qui a contraint Sonatrach à importer  plus de 2,3millons de tonnes en 2011, en hausse de 78% par rapport à 2010  afin de satisfaire le marché national (04). Le deuxième est cette révolution du gaz de schiste aux Etats-Unis qui a obligé pour la première fois Sonatrach à baisser le prix de son Sahara Blend de prés de 85 cents pour pouvoir le vendre car le pétrole de schiste a atteint les qualité de légèreté et charge en souffre dont bénéficiait le pétrole Algérien sur la Côte Est des Etats-Unis (05). Il faut préciser toutefois que l’Algérie tire du marché Américain prés de 18 milliards de dollars dont 96% en hydrocarbures (06). La réalité est qu’aujourd’hui le marché américain lui échappe par ses barrières évidentes. En effet tout porte à croire que la position algérienne reste constante et se déconnecte de plus en plus des réalités du marché. En Europe et en dépit de la concurrence, elle peut faire valoir ses atouts de proximité mais sa position demeure l’otage de deux paramètres qui lui sont propres : sa dépendance vis-à-vis des revenus qu’elle tire de  exportations des hydrocarbures avec lesquelles elle importe pour près de 80% des besoins de la population et des entreprises. Ensuite elle reste aussi tributaire de sa dépendance de la consommation interne par les volumes de pétrole et de gaz qu’elle devra lui réserver. Sur le court terme, plus elle maîtrise ces deux paramètres, plus à l’aise elle  mettra en œuvre son programme long terme qu’on examinera plus loin.                                                                                                

3- Situation des acteurs du marché pétrolier et gazier    

Il faut souligner au départ que si l’on se réfère aux données du Centre National de l’Informatique et des Statistiques (CNIS) de la douane dans ses rapports de 2008 au premier trimestre 2013, on se rendra compte que Sonatrach et à travers elle l’Algérie exporte en volume plus de gaz que de pétrole et cette tendance est confirmée par les investissements dont bénéficie cette branche en amont et en aval. En dépit de l’erreur commise par le PDG de Sonatrach qui estime les réserves prouvées de gaz à 2 trillions de m3 alors qu’en réalité ils sont  plus de deux fois cette quantité (07),l’ Algérie ne pèsent pas lourd sur l’échiquier international. En effet, trois pays, la Russie (35%), l’Iran (15%) et le Qatar (10%), totalise à eux seuls 50% des réserves mondiales. Le continent asiatique où la croissance semble se maintenir est tout prêt du Qatar qui bradera son gaz pour ne pas laisser l’Algérie pénétrer ce marché et, ceci sans tenir compte du gaz de schiste de bonne qualité qui arrive au Japon et bientôt le charbon de l’Australie en Chine, pays très peu soucieux de l’environnement. La Russie a déjà investi dans les conduites North Stream et le South Stream, totalement opérationnels à partir de 2015. Son retard sur de nombreux projet comme le Galsi (08) rétréci son champs d’intervention et l’étrangle face à ces contraintes internes.                                                                                    

4- Situation du marché traditionnel de l’Algérie

Le marché gazier européen est en déprime et le sommet des 27 le 22 mai dernier a mis en exergue les contraintes qui retarde une politique commune de l’énergie entre autres l’exploitation et le développement de schiste. Bien qu’ils se soient engagés à donner plus de poids dans leur bouquet énergitique aux énergies renouvelables d’ici 2020, des pressions politiques poussent à limiter les coûts notamment de l’énergie éolienne et du charbon. Revenir à redémarrer les centrales à charbon pour produire de l’électricité reviendrait à obliger le consommateur de payer plus chère sa facture de l’électricité ce qui enflammerait le climat social. En effet, la production d’un Mégawatt/h d’électricité dans une centrale à dégage 0,38t de CO2 contre 0,99 t dans une centrale à charbon. Si l’on estime (09) un prix d’émission de 25 euros/t, on s’approchera à 15 euros le Mégawatt/heure qu’il faudra ajouter dans la facture du citoyen européen. Connaissant les difficultés de l’hivers dernier, est-ce qu’il pourra la supporter ? Donc la bonne nouvelle pour l’Algérie c’est que le gaz continue d’avoir un avenir en Europe dont de nombreux membres sont sceptiques au gaz russe malgré les investissements consentis. C’est pour cela qu’il faudrait s’accrocher pour aboutir à un accord long terme avec la communauté européenne quitte à faire des concession sur le prix.                                                                                                    

5- Perspectives économiques de l’Algérie face à cette situation

Sans rentrer dans les détails et en se limitant uniquement aux documents officiels fournis par le gouvernement en place, on peut déduire que pratiquement tous les secteurs de l’économie nationale sont demandeurs en perspective de capitaux sans aucun espoir de retour sur investissement ni sur le court ni sur le moyen et encore moins sur le long terme. Le secteur de bâtiment veut arriver à un million de logement, celui de l’éducation au sens large du terme doit faire face aux 900 000 algériens qui viennent chaque année (10), le secteur industriel englouti annuellement des sommes considérables sans pouvoir se relever de sa chute, le tourisme s’effrite,  plus de 200 000 demandes d’emploi de diplômés s’ajoutent à la liste des chômeurs le secteur privé fait pression pour avoir accès à la manne financière alors que l’ONS dans son évaluation relève que sur 957 718 entités recensées prés de 90% sont versées soit dans le commerce soit dans les services d’utilité discutables etc. Donc en résumé, on constate que même dans des perspectives à  long terme, le poids est mis sur les hydrocarbures pour mettre à la disposition du secteur des fonds nécessaires pour les besoins divers et s’autofinancer pour augmenter les réserves en hydrocarbures voire même d’autres sources d’énergie. Seules les orientations du ministère de l’énergie et des mines semblent « si elles se réalisent » porteuses de fruits. Il s’agit d’abord d’introduire d’autres formes de production d’électricité que celle produite par le gaz. Pour rappel, 96% de l’électricité est produit à partir du gaz en Algérie. Sur le moyen terme, poursuivre les efforts d’efficacité énergétique pour limiter le gaspillage et arriver à une certaine vérité des prix pour une certaine catégorie de consommateurs. Ensuite intensifier les efforts d’investissement pour valoriser les réserves des ressources fossiles, s’attaquer en troisième phase aux .énergies renouvelables enfin et aux alentours de 2025, construire carrément une centrale nucléaire. Malheureusement tous ces programmes demandent du temps pour se réaliser alors que tous les acteurs concernés en perdent dans débats stériles.                    

Rabah Reghis, consultant et économiste pétrolier                                                                                                             

Renvoi  :

01- Lire les détails dans notre contribution parue au quotidien El Watan du 15  septembre 2012

02- Association Algérienne des Exportations, rapport 2012

03- le MEM au forum d’El Moudjahid du mois de février 2013  

04- voir le bilan de Sonatrach de 2011 disponible sur leur site

05- Information publiée le 30 mai 2013 par l’agence Bloomberg

06- Déclaration du Président du conseil d’affaire américain à la chaîne le jeudi 30 mai 2013

07- Statistical Review  of Energy de BP 2013 qui l’estime à 4,5 milliards de m3 depuis au moins 4 ans

08- Gazoduc qui devait ramener le gaz jusqu’à l’Italie via la Sardaigne bloqué pour plusieurs raisons dont celles écologiques propres aux Italiens eux même.

09-Réglements européens.      

10- Taux de natalité estimé à 2,4% voir site de l’ ONS         

 

 

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  • : Kassaman binnazilat ilmahiqat... http://youtu.be/ZXmfPPw4SL8
  • Kassaman binnazilat ilmahiqat... http://youtu.be/ZXmfPPw4SL8
  • : Le nom de ce blog est sans doute évocateur de notre "nachid el watani" tant décrié par le passé parce que, associé au pouvoir Algérien illégitime. Après des décennies de disettes. Je voudrais faire de cet espace, un coin où tous mes compatriotes et autres amoureux de libertés, de démocratie, ou tout simplement d'histoire pourraient s'exprimer librement. En ce sens, nous vous souhaitons la bienvenue. En hommage à Nacer Hachiche, repose en paix et à bientôt ! Pour garder le contact avec notre chère patrie. WWW.TV-ALGERIE.COM
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