Kassaman binnazilat ilmahiqat..." le plus noir des crimes est celui qui consiste à obscurcir la conscience politique et d’égarer tout un peuple" d'Emile ZOLA

Kassaman binnazilat ilmahiqat..." le plus noir des crimes est celui qui consiste à obscurcir la conscience politique et d’égarer tout un peuple" d'Emile ZOLA

Le nom de ce blog est sans doute évocateur de notre "nachid el watani" tant décrié par le passé parce que, associé au pouvoir Algérien illégitime. Après des décennies de disettes. Je voudrais faire de cet espace, un coin où tous mes compatriotes et autres amoureux de libertés, de démocratie, ou tout simplement d'histoire pourraient s'exprimer librement. En ce sens, nous vous souhaitons la bienvenue. En hommage à Nacer Hachiche, repose en paix et à bientôt ! Pour garder le contact avec notre chère patrie : http://www.alger-presse.com/index.php/presse-fr


PLAN DU CLAN POUR 2014 : Maroc, football, nanak et charabia politique par Hassan Talbi

Publié par The Algerian Speaker sur 16 Novembre 2013, 14:35pm

Catégories : #Editos : let's go

La rue algérienne vient de renouer, l’espace d’un après-midi, avec les bonnes vieilles « marches spontanées ». Ce vendredi, à l’issue de la grande prière hebdomadaire, soit durant ce créneau horaire qu’on croyait réservé aux manifestations islamistes, une centaine de personnes, pour la plupart des jeunes à l’allure de supporters de l’équipe nationale de football, ont organisé un rassemblement doublé d’un cortège de voitures couvertes de l’emblème national devant le consulat du Maroc à Oran. Le tout dans un concert de klaxons assourdissant.

Les mêmes scènes ont été signalées dans quelques rues de Béchar, tandis qu’à Alger, une vingtaine de jeunes ont déployé un drapeau national géant, près de la Grande poste. Leurs slogans ? Ils n’ont pas été les chercher bien loin. Le fameux « one, two, three, viva l’Algérie», entendu couramment dans les stades, a été le plus scandé. Sauf que très vite des « vive Bouteflika ! » et des « vive le quatrième mandat » ont fusé, notamment à Oran où ce qui devait être « un rassemblement populaire » destiné à dénoncer l’acte qui avait ciblé le consulat d’Algérie à Rabat et notamment l’emblème national, s’est transformé soudainement en « marche de soutien à Bouteflika ».

Cette « réaction » intervenant huit jours après l’« action », voilà qui lui enlève déjà tout caractère de spontanéité.  Sans compter qu’à Oran, à Béchar comme à Alger, les lieux de ces regroupements ont été pris d’assaut, dès la matinée, par d’importants dispositifs de sécurité. On le savait depuis l’ère Zeroual-Betchine : les marches spontanées, ça se prépare. Et ça s’encadre aussi. Mais, surtout, ça a besoin d’un prétexte. Le prétexte, ce fut cette « atteinte à l’emblème national », arraché dans notre consulat de Rabat par un citoyen marocain qui entendait ainsi répondre aux « attaques algériennes » contre le Royaume et « son intégrité territoriale ».

 

A vrai dire, l’intérêt de Bouteflika au dossier du Sahara occidental et au respect des droits de l’Homme par le Maroc, exprimé bruyamment via sa lettre lue par un ministre à Abuja, était déjà trop brusque et trop inhabituel pour n’éveiller aucun soupçon de manipulation.  On ne connaissait à notre chef de l’Etat ni une passion personnelle pour l’idée de « l’autodétermination du peuple sahraoui » ni, encore moins, un engagement militant prononcé pour les droits humains. Mieux, les observateurs, à commencer par ceux du Front Polisario eux mêmes, ont relevé un certain « refroidissement » ou « relâchement » du soutien de l’Algérie au Sahara occidental depuis son arrivée au pouvoir. Les Marocains, de leur côté, ont fondé de grands espoirs sur l’homme dès 1999, estimant qu’il pouvait aider à dénouer le conflit en leur faveur. Il est vrai qu’ils ont fini par déchanter ces dernières années. Mais ils ne lui en veulent toujours pas, préférant s’en prendre aux « généraux algériens » qui, selon eux, l’empêchent d’agir sur ce dossier, car ayant la mainmise sur la question du Sahara occidental depuis 1975.

En définitive, cette crise des relations algéro-marocaines, qui aura duré le temps d’un nuage d’été, aura surtout valu comme opportunité pour « faire bouger la rue algérienne », restée trop distante des intrigues en cours au sommet du pouvoir. Les incantations des Saâdani, Benyounès et autre Ghoul ne pouvaient suffire indéfiniment. Tôt ou tard, il fallait « en appeler au peuple ». Un conseiller de Bouteflika le disait déjà depuis quelques mois. « Il ne veut pas briguer un quatrième mandat », assurait-il sous couvert de l’anonymat. « Mais si le peuple venait à le lui demander, il étudierait la question », ajoutait-il. Il fallait donc que le peuple réclamât un nouveau quinquennat. C’était peut-être programmé pour ce vendredi. Mais pour l’heure, on ne peut pas dire que c’est chose faite : quelques dizaines de désœuvrés et de fans des Verts ne peuvent pas faire office de peuple. Pourtant, des moyens importants ont été mobilisés pour faire de ce vendredi « le jour de l’emblème national »avant de le transformer « spontanément », sur le terrain, en « jour du quatrième mandat ». Le réseau facebook et l’implication de ces chaines de télé privées connues pour être à la solde de Saïd Bouteflika ont été largement mis à contribution pour ce faire. En vain : il est difficile de ressusciter un cadavre. Surtout que le charabia politique, cette nouvelle discipline où excellent Sellal et Saâdani et auquel vient de s’essayer Tayeb Belaïz, a achevé de discréditer un pouvoir moribond, malade de ses propres contradictions, navigant à vue et ne sachant où donner de la tête car fondamentalement en déphasage absolu avec un monde qui bouge, un monde qui change. C’est d’ailleurs de là, de cet entêtement incroyable à ignorer les évolutions en cours dans le monde, que vient ce charabia politique dont voici un florilège.

    

Une semaine après avoir estimé que l’heure est au « changement » et qu’il faut juste faire en sorte qu’il s’opère dans le calme et la sérénité, et que la transition épargne à l’Algérie les scénarios qui ont cours dans certains pays de la région, Abdelmalek semble se raviser. Il n’est plus question de changement. Ni même de répliquer à « l’agression marocaine ».

«Bouteflika ne partira pas», a-t-il déclaré ce mercredi à Adrar. Peut-être l’avions-nous mal compris lorsque, en visite à Sétif, il promettait le changement. Soit : le Premier ministre avait peut-être parlé de changement de politique, de gouvernance ou d’approche dans la gestion des affaires de la cité. Car, certes, dans l’absolu, cela n’impliquerait pas forcément le départ de l’actuel chef de l’Etat. Quand bien même ni le président ni le gouvernement actuels ne peuvent être les acteurs ou les précurseurs des changements nécessaires…

Mais on croyait qu’une élection présidentielle devait se tenir en avril prochain et c’est justement le même Abdelmalek Sellal qui, le premier, nous en avait assuré, mettant fin ainsi aux spéculations qui n’écartaient pas une rallonge de deux ans à l’actuel mandat de Bouteflika. Curieusement, c’est encore le même Sellal qui, lors de sa visite à Adrar, vient d’asséner que « Bouteflika ne partira pas ». Présidentielle ou pas. Mieux, il nous le dit par le biais d’une anecdote qu’il s’autorise à nous raconter dans un langage qui frise l’obscénité ! Histoire, sans doute, de faire de l’humour. Sauf qu’à en croire les comptes rendus de presse, l’assistance n’a pas ri ; et pour cause : elle fut plutôt frappée de stupeur d’entendre un Premier ministre narrer son haut fait d’armes, celui d’avoir répondu en des termes inadmissibles à un citoyen qui l’interpellait à Sétif : « Bouteflika ne partira pas, c’est nanak qui va partir » (1).

Mais avouons qu’il fait mieux que le ministre de l’Intérieur qui, il y a quelques jours, a du s’amender –maladroitement- après les critiques qu’il avait essuyées pour avoir annoncé-encore plus maladroitement- un mouvement dans le corps des walis en juin 2014, soit deux mois après la prochaine présidentielle. Pauvre Belaïz. Il avait pourtant raison, puisque… « Bouteflika ne partira pas» !

Ce charabia politique, à vrai dire, on commence à s’y habituer. Et même s’en lasser. Entre un Sellal qui « recadre » Sâadani, puis un Sâadani qui « rappelle à l’ordre» Sellal, on était déjà bien servi. Mais on l’est encore mieux à présent que Sellal d’Adrar corrige Sellal de Sétif au moment où l’on attendait de lui qu’il répondît à…Saâdani, lequel venait de le juger publiquement inapte à l’exercice de la politique, rien de moins.

L’un et l’autre semblent s’adonner à leurs missions respectives qui, au fond, n’en font qu’une : tenir en haleine une opinion qu’il ne faut surtout pas éclairer. Et, si possible, amuser la galerie. Jusqu’à quand ? Le temps de trouver un successeur « consensuel », adoubé par le clan. En attendant, il faut faire croire en une candidature inéluctable et une réélection tout aussi inéluctable de Bouteflika. Cela aurait l’avantage d’empêcher les grosses pointures de s’annoncer pour la course, les dés étant supposés jetés. Ce qui permettrait de maintenir les adversaires potentiels dans un état d’impréparation et de faire élire, le moment venu, le candidat du clan sans encombre.  Sans gloire mais sans encombre. C’est peut-être la seule lecture qui donnerait du sens à ce charabia politique.

A part cela et hormis les rires qu’il peut provoquer, il n’y a rien à en tirer. La galerie commence à se lasser et j’imagine que les analystes sont de moins en moins attentifs aux bourdes et calembours de nos « hauts responsables », qu’ils soient politiques, technocrates ou les deux à la fois. Rien à en tirer, sauf ceci, peut-être : le pays est embarqué sur une voie incertaine. Il ne faut surtout pas faire comme il est préconisé par Sellal: « y aller tous ensemble », sous prétexte que l’Algérie serait l’objet de menaces extérieures.

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